Accueil | Qui sommes-nous? | Liens dézombificateurs | Participez !! | FAQ | Admin

Zombie Zombie

Rechercher avec Scroogle:

zombiemedia.orgweb

ZOMBIE est un espace libre de discussion et de mise en commun d'informations et d'idées afin de contrer la désinformation, promouvoir la pensée critique et encourager l'action constructive.

Écrivez-nous à zombie [at] zombie.lautre.net

*Art et culture

*Droits et libertés

*Environnement

*Idéologies et religions

*Individus et société

*Médias

*Politique internationale

*Politiques nationales

*Science et technologie

Vous inscrire sur ce site

L'espace privé de ce site est ouvert aux visiteurs, après inscription. Une fois enregistré, vous pourrez consulter les articles en cours de rédaction, proposer des articles et participer à tous les forums.

Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Vous êtes ici : Accueil > Individus et société

L’enfer gaspésien

mardi 26 septembre 2006, par Gaston Langlais

..::Rubrique::..

Individus et société

Récents articles dans cette rubrique

* Non Watson ! Les « Blancs » ne sont pas plus intelligents que les « Noirs ».
* Le racisme scientifique et ses implications sociales : le cas de l’Américain Benjamin Rush et du Suisse Louis Agassiz
* 24/25 novembre 2006 : Journée Sans Achats (Buy nothing day)
* Responsables, vous l’êtes, ne vous en déplaise.
* LOI DE SÉCURITÉ INTÉRIEURE ET PROSTITUTION

Récentes brèves dans cette rubrique

* La mortalité maternelle en Afghanistan, un record mondial qui laisse indifférent
* À voir : The Story of Stuff
* Féminisme et relativisme
* Un autre Québec est-il possible ? Trois textes pour le Forum social québécois
* Deux livres : "Un silence de mortes" et "Voyage au bout du sexe"

TYPE D'ARTICLE

Essai critique

Récents articles du même type

* Le football mondial entre jeu et enjeux
* La liberté
* Le Grand départ des militaires de Valcartier.
* Réflexion sur le messianisme politique en Afrique
* L’élection de Barack Obama entre espoir et désespoir en Afrique

Récentes brèves du même type

* TQS, le torchon noir de la télé
* Jeune afghan : execution pour journalisme et droits des femmes
* Doit-on boycotter les jeux olympiques de Pékin de 2008 ?
* 11 septembre 2001 : une théorie de la conspiration
* La femme africaine a-t-elle de possibilités de jouir de la journée internationale réservée aux femmes ?

Auteur(s):

Gaston Langlais
professeur, Collège de la Gaspésie et des Iles

*autres articles du même auteur

imprimerImprimer cet article

Un jour de novembre 1968, alors que je m’arrêtais près de l’Eglise de Cap-d’espoir pour consulter un dossier en ma possession, passa près de moi un homme qui m’apparaissait songeur. Après avoir échangé les mots d’usage, je compris vite que Monsieur le Curé désirait engager une vraie conversation. Il se questionnait sur l’avenir économique de sa Péninsule. Il tenait à présenter ses commentaires au fonctionnaire du Gouvernement que j’étais à ce moment là. Traçant un demi-cercle avec sa main comme s’il voulait me montrer toutes les immenses terres agricoles de sa paroisse et celles de Val-d’Espoir, il les qualifia de fleurons perdus de l’agriculture gaspésienne. Il compléta par la suite un bilan peu resplendissant de l’économie régionale. En me quittant, il ajouta sur un ton triste comme le temps d’automne qu’il faisait cet après-midi là, qu’ils viendront peut-être ces jours encore plus bouleversants où l’on devra conclure que le sol gaspésien fut un lieu où des générations de braves gens sont venus gaspiller leur existence.

Ces propos angoissants m’avaient d’abord étonné puis incommodé. A cette époque, les secteurs des pêches, des mines et de la forêt connaissaient pourtant des jours meilleurs. Il y a trente ans, personne n’imaginait la fermeture possible d’usines de transformation de poisson et de bois, de bureaux de poste, d’écoles, d’églises, de caisses populaires ou encore d’abandon d’opérations minières au sein de nos villages gaspésiens. Je me demande souvent ce que pourrait bien ajouter le vieux pasteur aujourd’hui, s’il était encore de ce monde.

Au cours des dernières décennies, un courant d’événements tend à accréditer l’hypothèse voulant que la fermeture de la Gaspésie soit une décision déjà prise. Dans un plan soigneusement établi, les hauts- fonctionnaires de nos gouvernements supérieurs se seraient concertés pour saper la fragile économie gaspésienne. Grassement payés à même nos impôts, ils peaufineraient toujours leurs stratégies délétères. Il aurait fallu les arrêter plus tôt. Seule une volonté politique ferme, exprimée avec vigueur par les pouvoirs politiques en place, pourrait mettre fin aux assauts insensés et excessifs de ces grands commis. Or nos parlementaires n’exercent aucun contrôle sur ces équipes de mandarins tout-puissants à qui ils ont remis une bonne partie de leurs pouvoirs. Nos représentants élus ont cédé depuis longtemps, à ces prétentieux personnages, tout le champ administratif des affaires de l’Etat. Parce qu’ils ont abdiqué un jour, nos politiciens doivent maintenant s’en tenir à des déclarations anodines, lorsqu’ils désirent se faire entendre sur des questions de développement régional.

Des preuves

A la fin des années 60, comme bien d’autres de ma génération, je rêvais de poursuivre des études supérieures. Avant de quitter mon emploi pour l’école, mon grand patron m’avisa qu’il me sera désormais impossible d’effectuer un retour en Gaspésie, si je désirais reprendre du service au Gouvernement du Québec, une fois mon programme d’études complété. Il m’affirma que la volonté déclarée du gouvernement était claire à ce sujet. Les professionnels de l’Etat, disait-il, ne doivent plus demeurer en région. Il ne restera dans ces lieux que des médecins pour soigner les corps, des prêtres pour soigner les âmes et quelques avocats pour régler des chicanes inévitables tant qu’il y aura des êtres humains en présence. C’est au cours de ces mêmes années qu’eut lieu une véritable bataille rangée pour l’obtention d’un Cegep à Gaspé. La transformation du Collège classique en un Cegep allait entraîner avec elle l’arrivée de plusieurs autres professionnels dans la région. Ceci allait à l’encontre de la visée gouvernementale dont on me parlait.

En 1978, le premier ministre du Québec, le Gaspésien René Lévesque annonçait, à Gaspé, la décentralisation de la gestion gouvernementale des pêches maritimes. Par cette déclaration, il venait d’empiéter sur le terrain des fonctionnaires. Dix-huit ans plus tard, cette promesse ne s’étant jamais réalisée, un autre Gaspésien du nom de Marcel Landry, devenu ministre à son tour, reçut des ordres de hauts-fonctionnaires lui intimant de mettre un terme à cette saga de la décentralisation annoncée presque vingt ans plus tôt. Dans un état de soumission absolue, le ministre Landry dut s’incliner puis endossa leur plan de réorganisation administrative. La nouvelle structure imposée mit fin pour toujours, à tous les espoirs de voir s’implanter à Gaspé cette unité administrative taillée sur mesure pour une région comme la nôtre.

Au milieu des années 80, le premier ministre Robert Bourassa se rendit à St-Maurice de l’Echourie pour annoncer, en présence du député de Gaspé de l’époque, monsieur André Beaudin et du député actuel monsieur Guy Lelièvre, une subvention de quelque 600 000 dollars. Cette somme devait servir à lancer la construction de l’usine de troisième transformation de produits marins de la Société des Pêches de St-Maurice. Dans les heures qui suivirent, un haut-fonctionnaire laissa tomber en ma présence cette réflexion : "Nous ne sommes pas d’accord avec l’annonce faite aujourd’hui par monsieur Bourassa". La subvention ne fut jamais versée et l’usine jamais construite. Malgré les nombreuses difficultés économiques auxquelles les citoyens de St-Maurice et des environs étaient soumis, ils avaient pourtant investi des sommes considérables dans ce projet.

Comment gaspiller les deniers du public

Lorsque des sommes sont versés en Gaspésie, c’est surtout la façon de les gaspiller qui prime. La réalisation de projets structurants est mal vue dans les capitales. Au cours des dernières décennies, dans toutes sortes de programmes variés, le Gouvernement canadien a, pour sa part, injecté des centaines de millions de dollars dans la région gaspésienne. Dans un seul dossier touchant une partie seulement de l’industrie des pêches, une somme de 42 millions a été dilapidée en moins de deux ans dans l’affaire Pêcheries Cartier. Comment se fait-il, qu’après avoir dépensé de pareilles fortunes, la région se retrouve encore plus mal-en-point ? La réponse est déjà donnée. C’est l’application du principe de l’appauvrissement voulant qu’il faut éviter à tout prix l’émergence d’entreprises durables. L’important c’est de se donner bonne conscience tout en se disant que l’on a dépensé généreusement pour améliorer le sort des pauvres gaspésiens.

Il y a à peine quelques semaines, Transports Canada accordait une subvention de 4.5 millions de dollars à la Ville de Gaspé afin d’apporter des améliorations à son aéroport local. Comme d’habitude, les fonctionnaires de Transports Canada imposèrent leur propre calendrier de réalisation. Ils ont défini clairement la nature des travaux à exécuter. En pleine saison touristique, il faut fermer l’aéroport pour enlever l’asphalte et la remplacer par de la nouvelle. Devenue trop pâle avec le temps, la surface pavée doit être noire. C’est encore une fois quelques millions balancés dans la lignée de cette pensée folle que les budgets alloués en Gaspésie ne doivent jamais produire de bons effets dans le temps. Pour les douze ou pour les quinze prochaines années, la Ville de Gaspé devra s’abstenir de demander de vraies améliorations à son aéroport. Après tout, il faut en laisser pour les autres.

A propos du respect

Pour gagner la guerre contre une région, il faut exécuter deux manoeuvres importantes. D’abord créer l’appauvrissement par tous les moyens possibles et ensuite dominer les élus locaux. Les préfets, les maires et les échevins à un degré moindre, deviennent des outils nécessaires, surtout lorsque le besoin se fait sentir de les utiliser contre leurs propres concitoyens-électeurs.

Nous savons tous qu’une activité économique insuffisante pousse inévitablement les jeunes à se chercher du travail ailleurs. La population gaspésienne diminue constamment. Les services s’ajustent à la baisse pour tenir compte de cette réalité. Les coûts augmentent pour toute la population du territoire. Les commerçants opèrent avec des marges bénéficiaires de plus en plus faibles. Les institutions financières deviennent plus exigeantes envers leurs clients. Nous sommes emportés par la spirale du déclin, l’effondrement total ne saura tarder. Cette situation anormale, nous la vivons déjà depuis plusieurs années. Des élus locaux n’ont-ils pas réclamé des gouvernements supérieurs, il y a quelque temps, d’accorder à la Gaspésie, le titre peu enviable de région la plus pauvre au Pays.

Il n’y a pas si longtemps, une équipe de professionnels mena à Montréal, une expérience fort intéressante. Après avoir déguisé l’un des leurs en clochard, ce dernier simula un malaise puis s’affaissa, à une heure de grand achalandage, près de la Place Ville-Marie, en plein centre ville. Personne ne s’arrêta pour lui porter assistance. Certains ont même enjambé par dessus, trop pressés qu’ils étaient dans leur course pour le contourner. L’expérience fut reprise une seconde fois avec le même individu. Bien coiffé, vêtu d’un costume de banquier, portant une montre en or et tenant une mallette en cuir véritable, il refit le même geste. Aussitôt allongé sur le sol, des piétons formèrent un cercle autour de lui pour le protéger. Certains appelaient au secours tandis que d’autres réclamaient l’intervention immédiate d’un médecin. A la lumière de cette démonstration, nous sommes forcés de conclure que la société n’éprouve aucun respect pour les gueux. La Gaspésie appauvrie et à genoux ne sera jamais autre chose qu’un clochard évanoui à la Place Ville-Marie.

Au sujet du rafiot de Cartier

La réplique de l’un des vaisseaux de Cartier fut construite pour enrichir l’exposition internationale de Montréal. Beaucoup de Gaspésiens se souviennent encore de la bataille ardue qu’ils ont livrée, pour tenter de mouiller ce navire à Gaspé, une fois les célébrations de Montréal terminées. Mais c’est au moment de sa mise en chantier, que les fonctionnaires avaient déjà pris leur décision. Ce sera dans un étang artificiel de la Ville de Québec que la Grande Hermine finira ses jours, après avoir chaviré par manque d’eau à son arrivée, dans cette barbotière si peu profonde.

Depuis 1967, cette embarcation s’est détériorée au point où les fonctionnaires de Parcs Canada ont décidé de la jeter au dépotoir. Apprenant cela, la Chambre de Commerce locale, appuyée par la Ville de Gaspé présenta une demande officielle pour se faire octroyer le rafiot pourri. La réponse ne tarda pas à venir. Comme d’habitude, ce fut un non catégorique. C’est vers la ministre Sheila Coops que l’on se retourna, pour tenter d’obtenir l’autorisation de ramasser les immondices que Parcs Canada a résolument décidé d’enfouir. Voilà où nous en sommes arrivés. On adresse maintenant des demandes polies aux gouvernements dans le but d’obtenir l’autorisation de fouiller dans leurs poubelles. En rejetant nos requêtes, on nous sert l’avertissement de demeurer à l’écart de leurs ordures. Les clochards de la ville ont au moins le mérite de le faire, sans demander de permission à personne.

Pour un commando spécial

Les Gaspésiens se sont endormis profondément sur le lit des grandes promesses faites au temps de l’ARDA, de l’OPDQ et du BAEQ. Je préfère admettre qu’ils sommeillent toujours plutôt que de parler de fatalisme ou de fierté perdue. Présentement en Gaspésie, peu de projets de développement, si importants soient-ils, pourront éviter la tablette sur laquelle ils vont s’empoussiérer. En plus, la prolifération des organismes locaux et régionaux chargés d’étudier nos dossiers, a pour effet premier d’agrandir les tablettes.

La création d’un commando, formé de personnes capables de se tenir debout et convaincues qu’il faut changer ce régime répugnant, serait l’instrument le plus approprié dans les circonstances. La première grande tâche sera sans doute de secouer vigoureusement les Gaspésiens pour les sortir de cette longue léthargie. Des moyens pour se faire entendre et des méthodes efficaces pour négocier devront ensuite être trouvés rapidement. Nos concitoyens Autochtones, qui vivent dans des régions autrement plus inhospitalières que la nôtre, nous ont servi de nombreuses leçons à ce sujet. C’est en manifestant le même courage et la même détermination que nous sortirons de cette forme dégoûtante d’exclusion.

A nos élus et à tous les autres qui pourraient encore éprouver une certaine gêne à voir les régions prospérer, je voudrais citer cette déclaration faite il y a huit ans par monsieur Denis Maillat, professeur à l’Université de Neuchâtel en Suisse. "Il faut être conscient aujourd’hui que les régions, en multipliant leurs initiatives sont devenus des lieux privilégiés de la revitalisation et de la reconstruction de l’économie mondiale".

Gaspé, le 12 janvier 2000

répondre Répondre à cet article

envoyer Envoyer cet article

Vous avez aimé cet article ? Cliquez ici pour le recommander à Rezo.net, l'Autre Portail.


HAUT | Accueil | Qui sommes-nous? | Liens dézombificateurs | Zone Ouverte de Discussions | Participez !! | FAQ | Admin

xml SYNDICATION | ARTICLES POPULAIRES & VISITÉS | PLAN | ÉDITION EN MODE TXT | TOUS LES RÉDACTEURS

Ce site utilise PHP et mySQL et est réalisé avec SPIP logiciel libre sous license GNU/GPL

Creative Commons License Le matériel publié sur ce site est soumis à cette license de Creative Commons