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vendredi 31 janvier 2003, par Vincent Bouchard
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Une des critiques habituelles de la pensée anarchiste vise sa vision du futur, son application concrète ; on lui reproche habituellement de définir clairement ce à quoi elle s’oppose - l’autorité, le capitalisme, la propriété privée, le profit - , d’affirmer haut et clair les principes qu’elle promeut - liberté, fraternité, égalité - mais de rester vague sur ce qu’elle propose comme alternative viable et crédible. Conceptualiser une alternative économique viable et crédible basée sur les principes anarchiques est la motivation des créateurs du système PARECON ; Robin Hahnel, professeur d’économie à l’Université de Washington et Michael Albert, activiste américain bien connu. Leur modèle de l’économie participative - PARECON, qu’ils appellent parfois "économie anarchiste" - se veut une alternative concrète au système économique mondial actuel.
Dans ce qui suit, je vous propose un bref résumé du système PARECON, basé sur un excellent article de Normand Baillargeon : Une proposition libertaire : l’économie participative, publié dans Ao ! Espaces de la parole et dans Agone.
Pour reprendre les mots des auteurs de PARECON : "Nous cherchons à définir une économie qui distribue de manière équitable les obligations et les bénéfices du travail social ; qui assure l’implication des membres dans les prises de décision à proportion des effets que ces décisions ont sur eux ; qui développe le potentiel humain pour la créativité, la coopération et l’empathie ; et qui utilise de manière efficiente les ressources humaines et naturelles dans ce monde que nous habitons - un monde écologique où se croisent de complexes réseaux d’effets privés et publics. En un mot : nous souhaitons une économie équitable et efficiente qui promeuve l’autogestion, la solidarité et la variété." [1]
PARECON est un système économique complètement différent du système capitaliste actuel ; y sont bannis le marché (capitalisme), la planification centrale (social-démocratie, communisme centralisé, etc.), toute hiérarchie du travail (patron vs employé) et le profit. Ainsi, PARECON propose une troisième voie, celle que l’anarchisme propose idéologiquement ; non pas le marché, non pas les systèmes centralisés, mais bien un système décentralisé, démocratique, participatif et égalitaire. Et le système PARECON propose un système viable et réalisable, qui d’ailleurs est déjà appliqué dans plusieurs milieux de travail désireux de mettre ces principes en oeuvre.
Le système économique participatif se base sur cinq principes de base : l’efficience économique, l’équité (définie par un système de paiement selon l’effort, contrairement à un système de paiement selon la contribution et/ou la propriété pour les tenants du marché et à un système de paiement selon le besoin pour les tenants du communisme), l’autogestion, la solidarité et la variété (diversité). Il démontre initialement que ni le marché ni la planification centrale ne favorise ces critères ; "(...) ils concluent que loin d’être cette institution socialement neutre et efficiente dont on vante parfois les mérites, le marché érode inexorablement la solidarité, valorise la compétition, pénalise la coopération, ne renseigne pas adéquatement sur les coûts et bénéfices sociaux des choix individuels (notamment par l’externalisation), suppose la hiérarchie du travail et alloue mal les ressources disponibles." De même, les auteurs montrent que le système de planification centrale "détruit systématiquement l’auto-gestion, empêche la détermination par chacun de préférences personnelles qui prennent en compte de manière raisonnable les conséquences sociales de ses choix. Au total, la planification centrale promeut la montée d’une classe de coordonnateurs en plus de générer de bien piètres résultats." [2]
Nous voilà donc sans marché ni système économique centralisé ! Que propose donc PARECON ? Sans vouloir expliquer en détail, je me contenterai de résumer les principales propositions du systèmes.
Coonformément aux cinq principes édificateurs de l’économie participative, elle refuse la propriété privée des moyens de production, toute organisation hiérarchique des milieux de travail ainsi que des relations de consommation. Son pari est de s’assurer que chacun sera en mesure de prendre part aux décisions proportionnellement à ce qu’il sera affecté par ces dernières.
L’organisation du travail de PARECON propose un concept fort simple mais innovateur, l’ensemble équilibré des tâches (Balanced Job Complex). Dans cette alternative, il n’y a pas d’emploi proprement dit, il n’y a qu’ensemble de tâches. Ainsi, chacun se doit d’effectuer un ensemble de tâches qui est comparable à celui de tous les autres travailleurs, du point de vue des avantages, des inconvénients et de son impact. Les auteurs argumentent qu’une telle organisation est efficiente, équitable et que par définition elle encourage l’autogestion. De plus, ils soutiennent qu’une telle organisation du travail permettrait à tous de développer leurs talents "socialement utiles", contrairement à l’élite minoritaire qui, dans un système capitaliste, a la chance de développer pleinement ses talents.
Un autre élément de PARECON est les conseils de consommation. Chaque individu ou famille appartiendra à un conseil de consommation de quartier, qui eux appartiennent à une fédération, et ainsi de suite jusqu’au conseil national. Et ce que produiront les lieux de travail sera décidé directement par les conseils de quartier. Donc pas de production inutile, mais autogestion et variété assurées. De plus, pour s’assurer de l’égalité économique, le niveau de consommation de chacun sera déterminée par son effort dans son lieu de travail, évalué par ses collègues de travail ; ce processus renforce directement la solidarité des travailleurs, et agit comme incitatif au travail - incitatif non matériel, bien différent de l’incitateur matériel du système capitaliste - ce qui répond directement aux critiques du système anarchique argumentant qu’un tel système ne serait pas en mesure de motiver les gens à travailler suffisamment pour assurer un niveau de vie acceptable pour tous. En outre, le système d’allocation sera participatif et décentralisé. Les auteurs ont étudié avec minutie de tels systèmes d’allocation, jusqu’à en produire un modèle formel efficient et démocratique.
Bref, PARECON se veut une alternative concrète, crédible et viable au système capitaliste, reprenant les principes anarchiques sous un nouveau jour. Créé au début des années 1990, ce système est aujourd’hui très documenté, argumenté, débattu et mis en pratique dans certains lieux de travail. Albert et Hahnel ont écrit plusieurs livres argumentant les principes de bases, les fonctionnalités et l’applicabilité de PARECON, et plusieurs débats entre critiques et tenants ont déjà eu lieu. Fait à noter, la majorité des critiques de PARECON ne se base pas sur la non faisabilité du système participatif, mais plutôt sur sa désirabilité ; l’économie participative a rempli son pari de créer un système économique quasi-anarchiste concret, crédible et applicable dès aujourd’hui pour ceux qui le désirent.
À tous ceux qui croient qu’un meilleur monde est possible, et que la liberté, la solidarité, la démocratie, l’auto-gestion, la diversité et l’égalité se doivent de retrouver la dignité qui leur revient, le système PARECON mérite attention et mis en place ! Comme première approche, je vous recommande fortement Une proposition libertaire : l’économie participative sur lequel ce texte se base principalement. Mais pour une analyse plus profonde, le site anglophone du projet PARECON contient une mine d’informations très pertinente sur quasiment tous les aspects de PARECON ainsi que des forums de discussion pour les débats sur PARECON et les réflexions et expériences des gens tentant d’implanter le système PARECON dans leur milieu de travail. Le site de Z Magazine, le magazine indépendant dont Michael Albert fait partie, contient aussi beaucoup d’informations sur PARECON.
Si, pour certains, réfuter la propagande néo-libérale que l’ordre des choses actuelle et que le marché sont nécessaires et le meilleur des maux nécessite la proposition d’une alternative concrète et viable, PARECON se veut une telle alternative... Qu’elle soit la bonne est évidemment loin d’être assuré, mais l’économie participative peut s’accorder le grand mérite de proposer une réalisation crédible dans la société actuelle de la troisième avenue tant désirée par les anarchistes de toujours...
[1] Albert, M. et Hahnel, R., The Political Economy of Participatory Economics, Princeton : Princeton University Press, 1991, p.7
[2] Baillargeon, Normand (1999) Une proposition libertaire : l’économie participative. URL : http://www.parecon.org/writings/normand1.htm
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Envoyer cet article Il y a 4 contribution(s) au forum.
> PARECON : l’économie participative
(1/3) 13 octobre 2004
> PARECON : l’économie participative
(2/3) 26 novembre 2004, par Frank
> PARECON : l’économie participative
(3/3) 22 juin 2005, par Jef
Un mot pour signaler qu’il existe une traduction française d’un ouvrage de Michael Albert exposant les principes de sa conception alternative de l’économie.
Michael Albert - Après le capitalisme, Élements d’économie participaliste (éditions Agone, 2003).
Voir le lien.
Répondre à ce messageBonjour moi et mon père habitons au québec et on sait que l’application de tout le monde est néccésaire dans parecon c’est pourquoi on aimerai être tenu au courant des dernière nouvelle et aussi vous faire part de nos idée Merci
Un gars de 16 pis un de 44 qui veut que ca change
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