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jeudi 10 juin 2004, par Vincent Bouchard
Intialement mon idée était d’écrire un email à David, un ami qui m’avait posé une question plutôt difficile il y a de cela quelques temps : est-ce que le capitalisme est intrinsèquement "unsustainable" [3] ? J’ai récemment trouvé une réponse plutôt intéressante à cette question dans le livre "Growth Fetish" de Clive Hamilton [4], et c’est pourquoi j’ai décidé de transformer ce email en un article sur ZOMBIE. Dans cet article, en plus de proposer une réponse à cette question, j’offrirai un résumé des arguments de Hamilton, les accompagnant de mes propres idées, ainsi fusionnant la question de la durabilité du capitalisme et une analyse de la société capitaliste de consommation actuelle et d’un anti-capitalisme possible.
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Un argument habituel qui soutient que le capitalisme est non-durable propose qu’à la base même du système capitaliste se situe la logique de l’expansion et de l’accumulation du profit. Ainsi, les compagnies doivent continuellement compétitionner pour s’approprier de nouveaux marchés et augmenter leur profit annuel (sinon elles mourront, anéanties par leurs compétiteurs), et ainsi agrandir les marchés accessibles, etc. Mais vu qu’évidemment les ressources sont limitées une telle croissance continuelle est insoutenable et la Terre sera détruite d’ici peu, la Terre n’étant vue en termes capitalistes que comme une immense ressource utilisable pour augmenter les profits des compagnies.
Il est évident que la société actuelle suit quasiment à la lettre cet argument. Le capitalisme actuel est clairement basé sur la recherche de profit, la croissance économique, l’ouverture de nouveaux marchés, etc. En fait depuis peut-être 20 ans l’indicateur primordial du bien-être des différents pays est leur PNB (ou PIB), qui en fait ne mesure que la croissance économique. Donc toutes les décisions politiques et économiques n’ont quasiment pour seul but que d’augmenter la croissance économique, et ainsi l’argument ci-haut est juste ; un tel capitalisme est évidemment non-durable. Mais la question est plus profonde ; est-ce que cette non-durabilité est intrinsèque au capitalisme, ou est-elle simplement une manifestation du capitalisme actuel ? En d’autres mots, serait-il possible de modifier le capitalisme de telle sorte qu’il devienne durable ?
Si l’on met de côté la faisabilité du telle modification du capitalisme et que l’on regarde simplement la possibilité théorique d’un tel capitalisme, et bien la question est loin d’être évidente ; à ma connaissance il n’y a pas de réponse claire et simple. Mais ce que j’ai trouvé de plus convaincant vient d’un livre de Clive Hamilton, "Growth Fetish" (un très très bon livre d’ailleurs à lire).
Tout d’abord un petit résumé du livre :-). Dans ce livre, Hamilton argumente que le problème de la société actuelle ne se situe pas nécessairement dans le capitalisme mais dans l’obsession que nous avons avec la croissance économique, le "Growth Fetish" qu’il appelle. Dans les années 1800-1900, les inégalités étaient principalement causées par la différence entre prolétaires et capitalistes, donc définies dans la sphère de production du système capitaliste, ce qui a mené Marx a suggéré qu’une société égalitaire doit passer par la destruction de la classe capitaliste et l’appropriation des moyens de production par le prolétariat. D’un autre côté, Hamilton suggère que le système moderne capitaliste n’est plus défini tant que ça par la sphère de production mais plutôt par la consommation ; i.e. nous vivons dans un capitalisme de consommation. Les inégalités sont principalement dues à ce que l’on consomme, à nos salaires, ce qui nous donne un certain statut social ; les individus modernes actuels se créent une personnalité par leur consommation, par les marques, etc. De plus en plus tout devient "consommable" ou achetable, et l’on ne mesure la valeur et l’importance de quelque chose que par sa valeur sur le marché, et de quelqu’un que par son salaire et ce qu’il possède (sa maison, son auto, ses vêtements, etc.) Et ainsi nous devenons de plus en plus déterminés et "soumis" à ceux qui sont responsables du marketing, de la publicité, qui eux utilisent ces outils pour forger de toutes pièces nos besoins et nos personnalités en associant des marques aux valeurs que l’on recherche, et ainsi manipuler nos choix et restreindre nos possibilités d’épanouissement, etc. Bref, la principale hiérarchie ou distribution du pouvoir n’est plus entre prolétaires-capitalistes, mais plutôt entre consommateurs-publicitaires/agents de marketing. C’est en fait une extension de la thèse de Naomi Klein dans No Logo [5] je dirais.
Ainsi, les "capitalistes" retirent leur pouvoir non plus du fait qu’ils sont propriétaires des moyens de production, mais plutôt du fait qu’ils nous ont convaincu que le bonheur réside dans la consommation, dans l’argent, dans de plus gros salaires, etc. D’où provient ce changement de réalité ? En fait, depuis plusieurs années les pays riches ont atteint un niveau de bien-être suffisant, qui pourrait même être appelé "abondance" (pour la majorité de la population, évidemment il y a toujours une minorité pauvre, mais c’est maintenant une minorité dans les pays riches). Par contre, les gouvernements, économistes, capitalistes, et même la population ont continué d’être obsédés par le fétiche de la croissance économique, considérant une année bonne pour l’économie de nos pays si et seulement si la croissance économique a été importante. Pour satisfaire cette demande de croissance économique, les compagnies ont dû trouver de nouveaux marchés, et leur solution fut de convaincre les individus qu’ils ne seront pas heureux tant qu’ils n’auront pas acheté ceci ou cela, etc. Bref, l’industrie du marketing et de la publicité a pris la relève en créant de nouveaux besoins constamment chez les consommateurs pour les forcer à toujours acheter plus et ainsi continuer la croissance économique. Le résultat fut désastreux d’un point de vue psychologique et social, rendant de plus en plus les individus égoïstes, compétiteurs, individualistes, avares, prêts à tout pour avoir plus d’argent, et finalement jamais satisfaits ni heureux. En fait, à la base de cette industrie du marketing et de la publicité se situe la nécessité de rendre les gens insatisfaits et malheureux ; sinon pourquoi achèteraients-ils tel ou tel produit tout simplement inutile d’un point de vue rationel, si ce n’est que parce qu’on les a convaincu que ce produit leur apportera telle ou telle satisfaction qu’ils ne peuvent obtenir autrement ?
Donc Hamilton suggère que la solution est de ne plus se préocupper de la croissance économique dans les pays riches, maintenant que nous avons atteint le niveau de l’"abondance", et se concentrer à définir une "économie" ou plutôt une société du bien-être et du bonheur. Et donc, le rôle des gouvernements ne serait plus de prendre des mesures pour encourager la croissance économique comme c’est le cas présentement, mais plutôt de prendre des mesures pour encourager les véritables sources d’épanouissement des individus, par exemple le travail bénévole dans la communauté, le temps passé avec ses enfants, en famille, les activités créatives, culturelles, musicales, artistiques, etc. etc. Le travail n’aurait donc plus comme fonction unique de procurer de l’argent à l’individu pour qu’il puisse ensuite l’utiliser pour consommer et ainsi devenir heureux, mais le travail serait une source d’épanouissement en soi. Le nombre d’heures de travail serait évidemment réduit, etc. Bref, sans entrer dans les détails, nous sommes présentement esclaves du fétiche de la croissance économique, et l’éliminer permettrait aux individus de s’épanouir et d’expérimenter un bonheur et bien-être beaucoup plus profond.
Qu’est-ce que cela a à faire avec la question initiale de cet article ? En fait, Hamilton suggère que le problème actuel n’est pas nécessairement le capitalisme en tant que tel, mais plutôt notre obsession envers la croissance économique. Ainsi, il propose un système non pas anti-capitaliste dans le sens de l’abolition de la propriété privée, mais plutôt anti-capitaliste dans le sens de l’abolition de la distribution du pouvoir entre capitalistes et consommateurs. Il propose d’éliminer la source du pouvoir des capitalistes, qui réside en notre acceptation de l’assertion évidemment fausse que "l’argent fait le bonheur".
Ce qui donne un argument qu’un système capitaliste "stable" pourrait être possible, si la croissance économique n’est pas tenue comme l’objectif principal du système économique. En quelques sortes, ça revient à l’idée d’"État stationnaire" de Mill ; stationnaire signifiant croissance économique nulle, non pas stagnation. En fait, il est facilement concevable qu’un tel système stable stimulerait encore plus la recherche, le développement technologique, la créativité, mais ce dans des domaines en général différents de présentement étant donné que le développement ne serait plus contrôlé par les compagnies mais serait plutôt effectué pour le bien-être de la société. La créativité dans des domaines tels l’environnement, la science théorique, l’art, la musique, etc., serait probablement stimulée, alors que l’immense effort présentement déployé inutilement dans l’industrie du marketing et de la publicité disparaîtrait probablement.
Bref c’est la réponse la plus concluante que j’ai trouvé à cette question : le capitalisme est non-durable tant et aussi longtemps que l’on considère la croissance économique comme étant un objectif important du système économique. En d’autre mots, ce ne serait pas le capitalisme en tant que tel qui serait non-durable, mais plutôt le fétiche de la croissance économique.
Par contre, éliminer cette prépondérance de la croissance économique propulserait un changement radical dans notre façon de s’organiser socialement, et dans l’éthique sociale et individuelle. Le résultat d’une telle transformation serait diamétralement opposé à la société actuelle ; ainsi, il est difficile de qualifier cette proposition de simplement réformiste, elle est véritablement anti-capitaliste à mon avis. Car nul sait quelle organisation sociétaire résultera d’un tel changement de paradigme ; par contre on peut déduire aisément que ce système sera complètement différent du système capitaliste actuel. En effet, concrètement, Hamilton propose de combattre le capitalisme, mais non pas en éliminant directement la propriété privée, mais plutôt en refusant la principale source moderne du pouvoir des capitalistes, notre acceptation de la prémisse de la croissance économique et de "l’argent fait le bonheur", et ainsi réduire - sinon éliminer - les hiérarchies de pouvoir à la base de la société capitaliste actuelle.
D’ailleurs, une telle transformation est déjà en cours avec un nombre grandissant d’individus appliquant des principes tels la simplicité volontaire [6], ou simplement la réduction du nombre d’heures de travail, ou encore la création d’espaces ouverts, libres, gratuits et organisés volontairement et bénévolement de façon non-capitaliste (par exemple le mouvement des squats en Europe [7], particulièrement l’important mouvement de centres sociaux autonomes qui a commencé en Italie [8] et qui s’étend maintenant à travers le monde [9]), la participation volontaire et bénévole dans des sphères non-capitalistes telles le mouvement des logiciels libres [10] ou les médias alternatifs comme ZOMBIE ou le réseau Indymedia, etc. etc.
Une façon d’imager cette proposition est de comparer le système à une gigantesque pyramide humaine. La gauche traditionelle a toujours voulu détruire cette pyramide en construisant à côté une seconde structure humaine plus égalitaire qui ne présente pas d’élite au sommet soutenue par l’effort des humains à la base de la pyramide. Hamilton propose plutôt que les humains à la base de la pyramide refusent de soutenir l’élite au sommet, permettant ainsi à la pyramide de s’effondrer d’elle-même et de se métamorphoser en structure plus égalitaire. Comment ? Simplement en refusant de se soumettre à l’obsession de la croissance économique et à la superficialité du bonheur acquis dans la consommation ; en redécouvrant les véritables sources d’épanouissement individuel et social qui ont été enselevies sous le poids de la société capitaliste de consommation.
[1] Je traduirai "unsustainable" dans ce texte par "non-durable", même si je trouve que ce terme ne capture pas toute la signification de "unsustainable".
[2] C. Hamilton, "Growth Fetish", Pluto Press, 2004, 262p.
[3] Je traduirai "unsustainable" dans ce texte par "non-durable", même si je trouve que ce terme ne capture pas toute la signification de "unsustainable".
[4] C. Hamilton, "Growth Fetish", Pluto Press, 2004, 262p.
[5] N. Klein, "No Logo", Flamingo, 2000, 490p.
[6] S. Mongeau, "La simplicité volontaire", Les Éditions Écosociété, 1998, 264p.
[7] Voir par exemple http://www.squat.freeserve.co.uk/ pour plus d’info sur les squats en Grande-Bretagne.
[8] Voir entre autres la section "Centri Sociali e Collettivi" sur http://www.ecn.org/presenze/.
[9] Voir Oxford Indymedia pour plus d’info sur OCSET, le récent centre social autonome ouvert à Oxford.
[10] Voir par exemple l’article La force du mouvement des logiciels libres (Open Source) sur ZOMBIE.
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Envoyer cet article Il y a 3 contribution(s) au forum.
Le capitalisme peut-il fonctionner sans surconsommation ?
(1/2) 28 juin 2004, par David Côté
Le bonheur, le capitalisme et la transcendance
(2/2) 3 décembre 2007, par Lotaire
Salut Vincent,
J’ai finalement pris le temps de lire ton article. Bravo ! J’ai bien aimé ! :-) C’est drôle que tu amènes la notion de "unsustainable", j’ai vu ce mot pour la première fois hier ! (dans le film "The Corporation" qui est excellent ! Je suis encore en train de le méditer et de le digérer...). Je l’avais traduit par "insoutenable", mais j’aime bien ta traduction de non-durable.
Anyways, je suis d’accord avec toi qu’il est probablement obligatoire d’arrêter la croissance économique et la "création de richesse" à un certain point (on devrait plutôt dire "pompage des ressources" : rien ne se perd, rien ne se crée). Pour moi, cela équivaut à stopper la surconsommation et à plus forte raison la croissance de la (sur)consommation. Mon argument pour affirmer cela est principalement écologique (cliquez ici pour plus de détails), pas nécesseairement social. Quant à savoir si le capitalisme peut fonctionner sans surconsommation, ou encore s’il est "durable", je ne suis pas certain de voir comment le changement de mentalité que tu proposes (à la suite de Hamilton) répond à la question... Si les gens cessent de surconsommer, ce sera forcémment à la suite d’un changement de mentalité majeur. Je dirais à la suite d’un changement de paradigme de notre société (occidentale, riche). C’est plus ou moins ce changement de mentalité que tu as décrit, non ? Mais en fait, c’est là que commence la question ! Qu’est-ce qui se passe une fois que les gens ont cessé de surconsommer ? Est-ce que la société s’effondre ? Tu dis : "Hamilton propose plutôt que les humains à la base de la pyramide refusent de soutenir l’élite au sommet, permettant ainsi à la pyramide de s’effondrer d’elle-même et de se métamorphoser en structure plus égalitaire." Je suis bien d’accord, mais c’est cet effondrement de la pyramide, justement, qui m’intéresse.
En fait, je vois deux questions principales :
1) Quels sont les systèmes durables ("sustainable") ?
2) Comment faire la transition vers le système durable de la meilleure façon possible ? (ou comment la faire tout court !)
Pour ce qui est de la première question, je pense qu’une réponse simple mais satisfaisante( ?) est : "un système durable est un système qui ne laisse pas d’empreinte écologique". C’est donc un système qui utilise uniquement de l’énergie renouvelable et qui recycle la totalité de ses déchets. En principe, cela peut peut-être se faire pour tout niveau de consommation, mais en pratique, avec la technologie du futur proche, il me semble indiscutable que ça nécessite une réduction drastique de la consommation mondiale. Et puis c’est tout ! Si on ne considère que la question écologique (et néglige la question sociale), cela me semble plus ou moins suffisant... Je note qu’il y a une nuance avec ce que tu as dit dans ton article parce que, une fois atteint l’objectif de la société durable, il redevient possible de chercher à augmenter indéfiniment la consommation et la richesse par l’amélioration des technologies de recyclage et de production d’énergie.
La réponse à la seconde question me semble moins évidente. Tu dis dans ton article : "Hamilton suggère que la solution est de ne plus se préocupper de la croissance économique dans les pays riches,[...], et se concentrer à définir une "économie" ou plutôt une société du bien-être et du bonheur. Et donc, le rôle des gouvernements ne serait plus de prendre des mesures pour encourager la croissance économique[...], mais plutôt de prendre des mesures pour encourager les véritables sources d’épanouissement des individus, par exemple le travail bénévole dans la communauté, le temps passé avec ses enfants, en famille, les activités créatives, culturelles, musicales, artistiques, etc. etc. [...] Hamilton suggère que le problème actuel n’est pas nécessairement le capitalisme en tant que tel, mais plutôt notre obsession envers la croissance économique. [...] Il propose d’éliminer la source du pouvoir des capitalistes, qui réside en notre acceptation de l’assertion évidemment fausse que "l’argent fait le bonheur". Ce qui donne un argument qu’un système capitaliste "stable" pourrait être possible, si la croissance économique n’est pas tenue comme l’objectif principal du système économique." Peut-être tu pourrais donner plus de détails...
Par exemple, penses-tu que les gens continueraient d’investir (et de risquer de perdre) leur argent dans des sociétés par action si ces société ne rapporte pas une quantité suffisante de profits ? Même en ne cherchant pas le profit maximal à tout prix, c’est quand même stupide de risquer son argent (ou quoi que ce soit) sans recevoir de bénéfices. Je pense donc que le système des sociétés par action ne pourrait peut-être pas fonctionner sans croissance économique. Par ailleurs, le système des actions est absolument indispensable dans une société capitaliste car il est le seul mécanisme permettant de financer certains grands projets dont notre société à vraiment besoin. Dans une société sans croissance économique, cela me fait imaginer que les petits projets seraient fait principalement par des petites entreprises plus ou moins locales alors que les grands projets devraient être financés par les gouvernements et les impôts, ce qui serait certes très différent du capitalisme classique ! Est-ce que le capitalisme pur et dur peut survivre sans surconsommation donc ? Je n’en suis pas si sûr...
Je vais m’arrêter ici, mais je serais intéressé à connaître ton (votre) avis la-dessus ! :-) Ciao vieux, David
Répondre à ce messageSalut david
j’ai lu l’article ainsi que tes questions. Pour moi la solution réside dans l’investissement responsable. C’est à dire qu’il n’y aurait pas la recherche de l’infini profit mais les gens investiraient dans les entreprises au but de creer un équilibre économique. Cela amènerait à délogée ce que l’on apelle les néolibéraux. Imagine une association qui permettrait à tous citoyens d’investir selon ses moyens. J’ai pu constaté au canada des associations de ce type. Elles investissent suivant des critères bien définit. C’est bien au citoyen de s’emparé du capitalisme qui est tombé entre de mauvaise main. Au dela de ca, il faut mieux consomé, combien de choses que l’on possède qui ne nous sont pas indispensables. Je suis persuadé sans tombé dans le communisme, qu’il faut que les citoyens s’empare de l’économie qui est généré par production/consomation, à ce moment la on pourra envisagé d’eliminer la mère misère et nos soucis écologique. Peut être trouverez vous ca irréaliste, loufoque mais pour l’instant j’ai beau cherché je ne vois que ce moyens la. Les bases de vies de la société étant profondément ancré, suprimer le capitalisme et c’est un grand pas en arrière, non pas dans un ravin mais repartir en avant serait très dur.
a++ en attendant vos critiques
Répondre à ce messageJ’ai lu avec attention l’article et les réponses. Il me semble que la critique de la croissance monte un peu partout. Il devient de plus en plus clair qu’une planète finie ne peut donner des ressources infinies, et que de ce fait la croissance économique sans borne est impossible. C’est de cela que procède la critique du capitalisme et tant que système reposant sur une croissance infinie. Mais poser le bonheur humain comme une acceptation ou non du principe d’accumulation infinie d’objets, de biens de consommation, me semble réduire la complexité du bonheur de l’homme en réduisant l’homme à sa rationalité possible.
Le bonheur humain n’est pas rationnel, il est transcendant. Quel être humain pourrait vivre sans histoires ? films, livres, ou simple récit conté oralement.. Le monde humain est adossé à un arrière-monde nécessaire de fantasme, de désir, d’espoir etc. Le problème de la civilisation capitaliste contemporaine est donc moins de devoir choisir entre accumulation ou simplicité qu’entre accumulation matérielle et accumulation transcendante. Plus encore qu’un choix, il s’agit d’un équilibre à trouver entre expansion matérielle et transcendante, qui est le lieu même de la définition de l’être humain.
Mais replaçons rapidement le contexte dans son historicité :
Le capitalisme, comme accumulation de biens matériels, se construit entre les 14ème - 18ème siècle. Il correspond en fait à la projection dans le monde matériel de l’idéal d’accumulation spirituelle judéo-chrétienne par la réforme protestante. La concentration de population en Europe et la multiplicité de groupes culturels différents créé des tensions pour l’appropriation des terres, pour la répartition des richesses, qui ont besoin d’idéologies pour défendre leur bon droit, pour justifier leur préséance etc.. Le protestantisme va imposer le droit à être reconnu pour élu sur la base de l’effort personnel, du travail, du mérite. Une bonne place au ciel est reflétée par une bonne place sociale, dans la hiérarchie de l’argent qui représente la réussite et valide le travail, le mérite. Mais, me direz-vous, la richesse comme source de position sociale, voilà qui n’était pas nouveau.. Non, bien sur ! Mais la hiérarchie sociale était jusque là lié à la naissance avant tout. C’était d’abord et avant tout le sang qui donnait une place à l’homme ou la femme. Et même le christianisme n’avait pas entamé cela car il avait posé, à la suite du bouddhisme et de la philosophie grecque, la vérité de l’être humain dans sa transcendante toute spirituelle, détachée des choses de ce monde. Saint Augustin pose bien la différence entre la cité des hommes et la cité de dieu. Et de fait il explique que lorsque jésus dit ’croissez et multipliez’ (en fait un ancien adage refletant la peur ancestrale de l’extinction du groupe), il veut dire qu’il faut croitre en esprit, et non en démographie. La religion, très essentiellement, pose donc une liberté dans l’esprit mais une soumission dans la réalité sociale à un ordre établit qu’elle ne remet finalement pas en cause. Le protestantisme pour des raisons, on l’a vu, socio-économique d’une période précise dans un espace géographique précis (l’Europe), va faire basculer cette organisation sociale. Le capitalisme n’est que le nom du système d’accumulation qu’engendre ce basculement où fusionne vie transcendante et vie matérielle. Toute la pauvreté du mode de vie bourgeois et de l’organisation sociale qui en découle, ainsi que l’exprime Marx, se trouve dans sa petitesse due à la réduction du transcendant (mélange d’aspirations spirituelles, intellectuelles, utopiques, imaginaires etc..) au ’confort’ matériel.
Finalement, si, sur cette base, on en croyait Marx et Tocqueville, l’humanité ne ferait que se réduire à la petitesse des préoccupations individualistes.
Malheureusement, le pessimisme de ce constat est encore optimiste si on ne comprend pas que ce basculement historique de l’humanité dans une fusion entre le matériel et le transcendant débouche sur une embolie ou les désirs transcendants se projettent alors sur le monde matériel pour le dévorer. Car le transcendant est illimité lui. L’imaginaire humain n’a pas de limite. Et la con-fusion entre transcendance et monde matériel devient alors la voie d’exploitation dé-limité, sans frein de ce dernier sur la base du désir compulsif du premier.
La capitalisme, dés son origine, n’est pas une réduction de la transcendance au monde matériel mais une vision démesurée du monde matériel par le prisme de la transcendance, de l’imaginaire, du désir d’infini !
S’il faut donc trouver une solution, ce n’est probablement pas en revenant à la simplicité monastique démocratisée. Du moins n’est pas suffisant et sans rapport avec l’évolution historique de l’humanité.
Il faut lire l’histoire humaine comme la poursuite d’une expansion qui n’est qu’une recherche pour l’homme de sa place dans l’univers. L’histoire de l’homme est une histoire technique et transcendante. L’imaginaire humain pousse et produit de la technique, qu’elle soit linguistique, littéraire, ou mécanique, matérielle. C’est à cette finalité qu’il faut attacher une reprise en main humaniste de la ’croissance’. Et de fait la croissance économique est démesurée, sans intérêt, ni même objet à notre époque. Elle est une embolie névrotique civilisationnelle qui ne tient que par l’angoisse de la pyramide sociale, du système de hiérarchie qui sait bien qu’une alternative impose sa dilution progressive.
L’augmentation de l’espérance de vie s’accélère. Elle se fera de plus en plus dans de bonnes conditions de vie. De fait la décroissance des naissances est une obligation.. La réorganisation de la famille est une technologie sociale qui se met en place pour cette raison (l’histoire se fait heureusement sans la nécessité d’un pilotage conscient). Mais les résistances du modèle hiérarchique traditionnel et du système de production capitaliste qui a recomposé les hiérarchies sans toutefois remettre en cause réellement la logique de hiérarchisation, sont un risque pour l’humanité dans ce passage étroit de son épopée.
Nous pouvons devenir des êtres adultes, vivant plusieurs centaines d’année, et continuer ainsi le processus de dé-territorialisation de notre espèce, sa migration continue vers la compréhension de son univers, par le voyage vers l’espace. Mais une peur trop grande de l’inconnu, trop d’hésitation, trop d’individualisme peuvent aussi conduire cette espèce rapidement à sa fin prochaine...
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