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Science et technologieBonjour mes chers amis physiciens (et autres ;-))
Votre discussion est bien intéressante comme plusieurs autres que j’ai eu l’occasion de lire dans le passé sur ce site. Mon accès intermittent à Internet m’a toutefois un peu découragée à faire des interventions. Quand même, vu que le sujet abordé ici par Vincent correspond pas mal à mon focus principal de la dernière année j’ai quelques suggestions pour ceux qui voudraient approfondir la question des concepts et de la souffrance, et celle de la perception sans observateur extérieurs.
En premier lieu, je vous conseille grandement la lecture de Krishnamurti, un philosophe d’origine indienne, très actif dans les années 70 et 80, dont les discussions et discours ont été retranscrits dans une multitude de livres. Il discute justement de la conceptualisation de la réalité que la pensée humaine tend à effectuer. En effet, il montre comment la pensée forme des images, juge des situations, acquière des connaissances et des croyances, génère des concepts et mémorise tout cela à chaque instant. Dans le moment présent, quand une situation est vécue, on a tendance à utiliser ce bagage passé pour analyser la situation présente et projeter dans le futur. Cette analyse est effectuée par une partie de notre conscience qu’on identifie nous-mêmes comme rationnelle, logique. On isole cette conscience « supérieure », l’observateur extérieur, du reste de notre conscience. Krishnamurti nous montre le danger de ce processus : le conflit constant. Premièrement, le conflit entre comment la réalité extérieure est et comment elle devrait être selon tous les concepts qu’on a développé et le jugement « rationnel » de l’observateur « extérieur ». On fragmente la réalité, on oppose et on ce place nous-mêmes dans le côté du « bien ». Exemple, il existe des capitalistes, des communistes, des socialistes, des anarchistes, des je-m’en-foutistes. Moi je suis dans un des groupes et je m’oppose aux autres groupes, à leurs idées parce qu’elles sont mauvaises et que les miennes sont bonnes, il faut que je les convainque...Idem avec les religions. (Peut-être même parfois avec les théories sur la réalité débattues par des physiciens justement très conceptuels ? ) De la même façon, je vois ma mère, mon chum, mon voisin, un inconnu dans la rue, une connaissance que je n’ai pas vu depuis deux ans, etc...j’interagis avec eux et je juge leur façon d’être. Un tel est égoïste, un tel a des croyances stupides, un tel est agressif...je compare, je juge, je m’oppose, des conflits naissent dans mes relations avec mon entourage. Deuxièmement, on crée aussi des conflits entre comment la réalité du « moi-même » est et comment l’observateur extérieur voudrait qu’elle soit. Je vois les autres autour de moi et je me compare à eux. Un tel a plus que moi, un tel est meilleur que moi, …Ainsi on veut devenir quelque chose qu’on est pas sur le moment et un conflit est généré dans la pensée par rapport à ce qu’on est présentement. De la même façon avec ce qu’on considère comme nos défauts. On veut les éliminer, on y arrive pas et on est en perpétuelle lutte avec soi-même. Toutes ces situations de conflits nous amènent à générer de la peur, peur des réactions des autres, peur de ce que les méchants capitalistes peuvent faire dans le futur, peur de mes propres émotions, de mon stress, etc.etc. On génère aussi de l’agressivité, quand un autre s’attaque à nos croyance à nos concepts, à notre moi-même… Et de l’envie, envie d’être mieux que les autres, d’avoir plus qu’on a présentement, d’être reconnu, de vivre une autre vie que celle-là, etc.etc. Ainsi pendant qu’on crée des concepts et qu’on voit la réalité à travers eux, on vit dans le passé dans le futur, mais certainement pas dans le présent. On génère des tonnes d’émotions, et on souffre. Krishnamurti nous dit donc que pour arrêter ce processus, il faut éliminer tous nous concepts et partir à neuf à chaque instant, apprendre à voir la réalité PRÉSENTE. Ceci ne peut se faire qu’en unifiant notre conscience, en oubliant l’idée d’observateur extérieur et en observant avec tout notre être au lieu d’observer à travers notre mémoire et nos concepts Bien sûr, il ne parle pas ici des concepts techniques qui nous permettent de vivre,de travailler et de créer des choses nécessaires, mais bien de tout ce qui a rapport à notre façon de vivre et d’intéragir avec les autres.
Peut-être vous demandez vous comment voir d’une telle façon, chose assez complexe je doit avouer vu notre énorme conditionnement. Comme Vincent l’a dit c’est quelque chose qui ne peut pas être expliqué, mais bien vécu par nous-mêmes ( parce qu’alors ce ne serait qu’un autre concept qu’on aurait tendance à comparer, à opposer). Je vous propose de vivre un cours dans un centre de méditation qu’on appelle Vipassana (ce qui veut dire « voir l’intérieur ») un peu partout à travers le monde. Des cours de dix jours y sont donnés, complètement gratuits même pour l’hébergement et la nourriture pendant les dix jours. On peut dans ces cours, justement en apprenant à observer les choses sans réagir, expérimenter la réalité de notre corps, physique , mental et l’interaction entre les deux. On devient alors beaucoup plus sensible au processus de la pensée et on peut dans plusieurs cas expérimenter comment cette façon de voir les choses telles qu’elles sont, discutée par Krishnamurti et plusieurs autre sages des temps anciens et modernes, influence notre façon d’être et de vivre et comment elle nous « libère » de toutes les souffrances, les conflits et les émotions négatives. Expérience très enrichissante, personnellement la plus enrichissante de ma vie.
Je n’ai pas ici abordé toute cette question d’espace-temps et de quantique, vu que je suis déjà un peu perdue dans tout ce que vous avez dit. Tout de même, je vais y apporter un petit grain de sel. Vipassana est l’enseignment du Bouddha tel qu’il a été conservé par un lignée de moines de la Birmanie. On dit que le Bouddha affirmait avoir expérimenté, en méditant, que son corps était constitué par l’apparition et la disparition de petites masses vibrantes (qu’il appelait kalapas) et qu’en une seconde un nombre incalculable de ces kalapas pouvaient ainsi naître et mourir. Vous pouvez tirer toutes les conclusions ou oppositions que vous voulez sur ça, mais je doit dire, par mon expérience personnelle de quelques cours Vipassana, qu’il est possible de développer une sensibilité assez incroyable en méditant 10 heures par jour pendant plusieurs jours consécutifs et qu’on devient conscient de réalités jamais expérimentées jusqu’à maintenant parce trop attentif à la réalité extérieure ou à la façon vraiment grossière de sentir son corps. Il est donc possible d’en apprendre beaucoup sur la réalité, sans instruments, juste par l’expérience de notre propre corps, ceci en laissant tous nos concepts ou nos connaissances préalables de côté.
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