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samedi 5 février 2005, par Sylvie Brunet
Nous voulons changer le monde sans prétention, nous voulons conscientiser les gens et nous mêmes à ce que nous croyons et découvrons important, nous nous creusons les méninges pour essayer de trouver des solutions, des systèmes nouveaux et différents qui pourraient positivement changer ceux en place… Nous voulons informer correctement, offrir et trouver des alternatives, s’élever dans le noble but d’améliorer la société… On nous a déjà traités de pelleteurs de nuages… Et si cela était un peu vrai ?
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Lorsque nous créons des trucs comme ce site, ZOMBIE, lorsque nous exposons des solutions à l’environnement, lorsque nous nous offusquons de l’organisation sociale et prônons le changement, lorsque nous dénonçons les injustices, nous prenons en quelque sorte pour acquis que le monde, et surtout sa population, sont justes et bons au fond, qu’ils sont juste mal informés ou ne se rendent pas encore compte de l’évidence de ces grossières indécences. Mais si nous nous trompions ? Mais si au fond, nous nous y prenions mal en n’incluant pas la réalité dans nos propos ?
Je propose ici une réflexion sur les moyens à prendre pour faire passer les messages qui nous semblent si importants. Je n’ai pas la prétention d’avoir de solution infaillible, bien sûr, mais je me demande vraiment ces derniers temps si nous ne pelletons pas à côté de la traque quelques fois, en s’éloignant de la réalité pour s’enfermer dans des trucs trop théoriques et inapplicables réellement ou en s’adressant à des gens qui n’existent pas ou bien qui existent mais en très faible minorité.
Lorsqu’on parle de refaire la société, j’ai l’impression que nous nous éloignons trop souvent du côté pratique, i.e., comment ça peut se faire concrètement. Je pense que c’est important de conceptualiser, d’imaginer un plan général, mais je pense qu’il faut surtout évaluer son application à la réalité. Par exemple, ce qui me frappe surtout avec les pensées anarchiques, que je trouve très intéressantes soit dit en passant, c’est qu’elles peuvent se réaliser que si l’on prend pour base que l’être humain est « bon » et de « bonne volonté ». Bien qu’une partie de la population puisse s’enorgueillir de posséder ces caractéristiques, ce n’est pas le cas pour tout le monde, et cela, on ne peut, selon moi, le glisser sous le tapis. Qu’est-ce qu’on fait des « méchants » et des « égocentriques » ? On les ignore ? On ne les inclut pas dans notre noble plan ? On les élimine ? On veut détruire le capitalisme ? Soit. Mais on le remplace par quoi concrètement (et disons, demain, parce que ça presse) ? Et tout cela sans que tout se transforme en une guerre civile ou en un quelconque chaos ?
Je me demande souvent si Bush, par exemple, pense vraiment ou non qu’il va délivrer le peuple irakien en lui offrant le beau cadeau de la démocratie à coups de fusils. Et, en mon fort intérieur, je prie que la réponse soit « oui ». Chomsky (pour qui j’ai beaucoup de respect) disait dans une entrevue que ce genre de question lui importait peu, mais je ne suis pas d’accord avec lui. La raison de ce désaccord est fort simple. Si Bush (à appliquer à la population en général) ne ressent aucun remord à encourager et à faire des actions qu’il sait pertinemment mauvaises pour la population mondiale mais bonnes pour ses poches, ses proches, son pouvoir, comment pourrait-on le convaincre à coup d’arguments logiques de changer d’idée et de façon d’agir ? Les beaux discours de Chomsky touchent-ils ceux qu’ils devraient vraiment toucher ou bien seulement ceux convaincus d’avance ? Comment va-t-on chercher ceux qui vont vraiment à l’encontre des idées que l’on croit les bonnes ?
On a beau scander : « Allez à la manifestation ! », « Faites attention à l’environnement ! », « Arrêtez de surconsommer ! », mais combien de gens se disent : « Moi je m’en fous, j’ai mon confort personnel, il me convient, j’aime ma petite vie tranquille et voilà. » Quelle partie de la population cette précédente phrase représente-t-elle ? Combien de fois ai-je entendu « Ça ne donnera rien de toute façon… » ou bien « C’est pas ma petite personne qui va faire la différence »… Les gens en général (et je nous/me vise également en disant cela) ne veulent pas troquer un peu de leur confort personnel ou de leur temps pour la collectivité. La collectivité est un mot qui a de moins en moins de sens dans nos sociétés modernes. On fait notre petit truc, on se fout du reste tant qu’on est confortable.
Prenons des exemples plus près de nous. Prenons même notre égocentrisme et notre paresse à nous. Nous avons une cannette de boisson gazeuse entre les mains. La poubelle est à un mètre de nous. Le contenant à recyclage à 20 mètres. On sait pertinemment où nous devrions déposer la cannette. Mais notre paresse, sans bonne raison, est susceptible de ne pas nous amener à faire ce que nous devrions faire. On achète sans remords nos trucs au magasin à 1 dollar tout en sachant très bien que la majorité des objets de ces magasins proviennent de cheap labor… Mais nos portefeuilles déjà bien fournis passent en premier. C’est simplement tout con et non logique, ce sont des réactions égocentriques. Nous pensons à notre petit confort personnel sans se soucier des autres et de la société.
Donc, autant au temps des propriétaires de champs de coton qui ne voulaient pas perdre les profits faramineux engendrés par l’esclavage, ou aux temps présents ou l’homme d’affaire tente d’en faire passer le plus possible sur l’addition de la compagnie, on ne voit pas que la société est toute dirigée par la bonne volonté ou le soucis des autres. Ces comportements égocentriques existent dans chacun de nous, à plusieurs niveaux, plus ou moins incrustés, plus ou moins destructeurs, plus ou moins importants. Faites disparaître la police et toute forme d’autorité en claquant des doigts et vous ne verrez pas les gens dévaliser les magasins pour enfin partager leur contenu avec les plus pauvres…
Je crois qu’on ne peut donc négliger cet aspect de la réalité : Non, tout le monde n’est pas bon et de bonne volonté tout le temps, nous y compris. Ne serait-il donc pas important, avant de se lancer dans de grandes solutions, de convaincre les gens visés qu’un changement est nécessaire ? De convaincre les paresseux de se bouger et de s’impliquer dans la société ? En d’autres termes, ne devrions-nous pas tenter de régler les probèmes dans l’ordre ? D’apprendre à nager avant de penser à traverser l’océan ?
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Envoyer cet article Il y a 12 contribution(s) au forum.
Convaincre par catégories : la carotte et le bâton pour les paresseux et les égoïstes !
(1/3) 5 février 2005, par David Côté
> Pelleteurs de nuages ?
(2/3) 25 février 2005, par Martin N-V
> Pelleteurs de nuages ?
(3/3) 10 avril 2005, par LiaAmbrosia
Salut Sylvie,
Merci de ton article ! Comme tu le sais ça reflète aussi un peu ce que je pense...
Je dirais qu’il y a diverses catégories de personnes, et que ces personnes sont influençables différemment. Voici quelques-unes auxquelles je pense présentement :
Personne se battant pour sa survie : il faut d’abord lui donner le minimum vital, et seulement après on peut commencer à lui parler de morale et de vie en société. C’est là la toute première étape.
Personne consciente vs inconsciente : Une fois la survie d’une personne assurée, la deuxième étape est de s’assurer que la personne à conscience de la situation sociale qu’on voudrait changer. La personne inconsciente peut potentiellement être conscientisée en lui transmettant de l’information ou en la convaincant à l’aide d’arguments (disons à la manière ZOMBIE). Aucune action n’est nécessaire en ce qui concerne la conscientisation de la personne déjà consciente (évidemment !).
Personne vigoureuse vs paresseuse : Assumant que la personne est conscientisée, cela n’implique pas que le problème social soit réglé dans son cas. Il reste l’étape cruciale du passage à l’action ! Celle qui est tellement difficile à faire et qui concerne beaucoup de gens à mon avis. Dans ce cas, il est inutile de présenter d’autres informations et arguments, il faut sortir la carotte et le bâton ! Pour l’aspect bâton, on peut voir la paresse comme un crime passible de punition (genre de négligeance criminelle). Il y a aussi bien sûr l’aspect carotte qu’il ne faut pas oublier. Cela veut dire donner des avantages quelconques à ceux qui agissent pour régler le problème.
Personne altruiste vs égoïste : dans la mesure où ça n’implique pas de diminution vraiment dramatique de son confort, la personne altruiste sera sans doute heureuse de devenir une citoyenne meilleure une fois qu’elle sera conscientisée et que le système-carotte bâton lui donnera un incitatif significatif pour se bouger le cul. La personne égoïste, elle, se fout bien des autres et n’agira pas de bonne volonté. Elle devra vraiment être forcée pour agir d’une façon acceptable socialement. Ici aussi, il s’agit de sortir la carotte et le bâton. Mais peut-être un peu plus vigoureusement. Pour moi, l’égoïsme est un crime plus grave que la paresse, mais dans un sens son traitement est le même.
À ZOMBIE, nous nous sommes jusqu’à présent concentrés principalement sur la conscientisation je pense. Il serait temps de s’attaquer aux trois autres catégories de personnes : celles qui se battent pour leur survie, celles qui sont paresseuses et celles qui sont égoïstes. Dans le cas des paresseux et des égoïstes, je dit : passons à l’attaque ! Trop souvent, je trouve que les activistes ne visent que les dirigeants. Il est temps que la paix tranquille des citoyens ordinaires paresseux et égoïstes cesse ! Après tout, c’est à cause d’eux qu’il est systématiquement impossible d’organiser des manifestations vraiment efficaces qui forceraient nos dirigeants à agir comme nous l’entendons !
Je parle bien sûr ici des cas où un problème et ses causes sont en grande parties identifiés clairement (l’environnement par exemple). L’autre grande mission de ZOMBIE : la recherche de problème et de solution, préalable à toute conscientisation, demeure très pertinente à mon avis.
Répondre à ce messageJe suis tout à fait d’accord avec toi Sylvie : aucune doctrine politique cohérente ne peux reposer sur l’idée que les gens sont toujours bons - que par exemple, instinctivement ou spontanément, nous allons agir moralement, comme l’article de Vincent le proposait. Spontanément, on met notre cannette dans la poubelle ! Évidemment, l’être humain n’est pas purement égoiste, mais il n’est pas un ange non plus. Même l’anarchisme repose sur l’idée que si on concentre le pouvoir dans les mains de quelqu’un il va en abuser. Le capitalisme (comme aux USA) est une manière de fonctionner en société malgré l’égoisme et la partialité des gens. La social-démocratie (comme au Canada actuellement) en est une autre. Les deux ont leurs défauts, mais ils sont relativement stables. Est-ce qu’il y en aurait d’autre ? C’est justement la job des théoriciens de trouver d’autres modes d’organisation qui fonctionnent. À mon avis par contre, ça ne se fera pas en réfléchissant à partir des penseurs post-modernes : ce sont les économistes qui sont le mieux placés pour inventer ce genre de chose, le seul problème c’est que ceux qui signent leur chèque de paye, en général, ne s’y intéressent pas ! Je pense que les gens de la gauche devraient s’intéresser plus à l’économie, pas pour devenir néo-libéraux, mais comme façon de penser les intéractions entre des individus au moins un peu égoistes et de définir des manières ,des cadres pour faire en sorte que les gens finissent par s’entraîder tout de même.
Je suis assez d’accord avec les propositions de David.
Répondre à ce messageAllo tout le monde !
Monsieur "Paresseux", cette pensée que "si on concentre le pouvoir dans les mains de quelqu’un il va en abuser" est tellement vraie je trouve. Elle s’applique aussi vraiment à la société occidentale actuelle.
Sinon, je voulais m’auto-critiquer par rapport aux "catégories de personnes" que j’ai définies. En fait, je pensais surtout à la catégorie personne se battant pour sa survie. Je disais que les personnes dans cette catégories peuvent agir d’une façon égoïste sans pour autant être immorales. Ensuite, dans la catégorie égoïste vs altruiste, je disais que les altruistes sont ceux qui agiront de bonne volonté pour le bien de la société, en autant que cela ne "diminue pas leur confort de façon vraiment dramatique".
Or voilà, est-ce égoïste de refuser une diminution de confort vraiment dramatique, mais qui ne met pas sa survie en danger ? La réponse je crois dépend des conséquences de l’action en question pour soi-même vs pour les autres. Supposons que l’on ait l’opportunité de poser une action qui aura pour conséquence d’augmenter le confort et/ou les chances de survie d’autres personnes, mais de diminuer son propre confort et potentiellement ses propres chances de survie. Où se situe la limite entre le moral et l’immoral dans ce cas ?
Une tentative de réponse serait peut-être de donner priorité absolue à la vie sur le confort. Ainsi, il n’est pas immoral d’agir de façon égoïste si sa propre survie est menacée, mais il est immoral en tout temps de prioriser son confort personnel sur la vie d’une autre personne, et à plus forte raison de plusieurs personnes. Mais est-ce que cela implique par exemple qu’une société entière devrait accepter de se ruiner pour maintenir en vie artificiellement tout ceux qui sont à l’article de la mort ? J’imagine que non... Quelqu’un à des idées de solution à cette impasse ?
Si l’on parle maintenant de confort vs confort, la question me semble encore plus difficile. C’est pourtant cette question précise qui s’applique le plus souvent. En effet, si on parle de redistribution des richesses par exemple, ce n’est pas directement la survie ni des riches ni des pauvres qui est en jeu lorsqu’un riche refuse de partager sa richesse, mais plutôt le confort et la qualité de vie des uns et des autres. Quels sont les critères objectifs définissant la moralité dans ce cas ?? Il me semble qu’il ne serait pas immoral de refuser de donner à quelqu’un ce que nous possédons si ce quelqu’un en possède déjà plus ou égal à nous, mais qu’il pourrait peut-être être nécessairement immoral de refuser de partager avec quiconque possède moins que nous. Cela me semble toutefois un peu radical... et ça ne tient pas compte par exemple de l’effort que l’un a fait pour obtenir ce qu’il a. (On dirait un débat entre communisme et capitalisme !) J’aurais besoin d’aide... Quelqu’un a des pistes ?
David
Répondre à ce messageSalut David,
Ta tentative de catégoriser les gens est très instructive ! :-)
Cependant, je crois que le dernier paragraphe de ton dernier message (les riches Vs les pauvres) s’éloigne un peu de ton but original (je crois, mais dis-moi si je suis dans les patates) et est susceptible d’engendre un débat différent et infini.
Cela ne permet pas de distinguer les égoistes des non-égoistes mais seulement de se demander si les riches devraient partager leur richesse ou non avec les pauvres. Ou encore, cela revient à se demander si les conforts devraient être tous égaux sur la terre ou dans une société donnée. Des questions bien intéressantes mais des questions qui sont dans le même esprit que toutes les questions d’éthique sociale qu’on se pose en général.
Je crois que si l’on prend pour acquis que dans la société actuelle tous les gens ne n’ont pas la meme richesse, on ne doit pas se baser sur un hypothétique (et not réaliste) même confort pour juger de l’égoisme ou du non-égoisme d’une personne, mais bien sur une diminution de confort, comme tu le dis au début.
Répondre à ce messageSalut Sylvie,
Je suis d’accord avec toi que je me suis éloigné un peu (trop) de la question originale, i.e. comment tenir compte de gens de mauvaise volonté dans notre tentative d’améliorer la société.
L’idée que je voulais vraiment communiquer est que si notre gros bon sens nous dit qu’une cause sociale est juste, importante et utile, et que nous pensons qu’une personne est consciente de (conscientisée à) cette cause sociale, mais que cette personne n’agit quand même pas de façon à améliorer la dite cause sociale (parce qu’elle est égoïste ou paresseuse), alors la meilleure chose à faire est peut-être de cesser de présenter des arguments visant à conscientiser, mais plutôt d’inciter plus directement cette personne à agir en utilisant "la carotte et le bâton".
Quant à savoir quels sont les critères précis pour déterminer à coup sûr si une cause sociale est vraiment juste, si une personne est bel et bien immorale, si une punition ou une récompense est appropriée, et dans quelles conditions l’un aurait le droit de forcer les autres agir contre leur gré, je pense que ce sont effectivement des questions qui nous mènent directement dans le pelletage... Comme tu dis : faisons donc confiance au gros bon sens pour résoudre ces questions dans la pratique !
(Je retire donc ma question sur "qui est égoïste" !)
Merci de me remettre dans le droit chemin ! ;-) David
Répondre à ce messageSalut Sylvie, David, Paresseux, tout le monde.
Sylvie. Qu’est-ce qu’un pelleteur de nuages ? Est-ce quelqu’un qui travaille à l’accomplissement d’une tâche irréalisable ou est-ce quelqu’un qui ajoute son grain de sable à un projet collectif ?
Dans ton article, tu sépares les gens en deux catégories : 1- Ceux qui désirent changer la façon dont notre société évolue afin qu’il y ait davantage d’égalité entre tous les êtres humains. 2- Ceux qui s’occupent de leurs conditions personnelles avant de penser à vouloir améliorer celle des autres.
Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi est-ce qu’il y a des gens appartenant à ces deux groupes. Je pense que cela peut peut-être s’expliquer par le fait que tous et chacun poursuivons un but commun : la recherche du bonheur. Je m’explique. Pour certains, le bonheur est atteint lorsque qu’une personne est capable de subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches. Dans notre société occidendale, cela peut passer par l’achat d’une maison, d’un beau camion, de belles parrures... Finalement, tout ce que ces gens se font montrer par la publicité (ou par la mode) et qui peut participer à atteindre davantage cette vie bienheureuse que tous recherche. Par contre, pour d’autres personnes vivant dans des conditions toutes autres, cela peu simplement être de combler ses besoins vitaux : se loger, se nourrir et se vêtir.
Mais il y a aussi ceux pour qui le bonheur personnel passe par celui des autres. Je crois que se sont ses personnes qui ont à coeur les ambitions que tu mentionnes dans le premier paragraphe de ton article.
Maintenant, qu’est-ce qui fait qu’une personne appartient à un groupe plutôt qu’à un autre ? Je pense que c’est l’ensemble des expériences que la personne en question à vécut depuis sa naissance, en commençant par sa situation sociale et familiale, les gens qui lui a été donné de rencontrer, etc... Pour ça, nous devons avouer que nous ne pouvons pas tout contrôler. Je ne m’avanturerai pas plus loin dans cette direction mais reviendrai plutôt au coeur du sujet.
Si nous sommes réalistes, il est clair que nous devons faire le constat qu’il y a des gens appartenant à ces deux classes. Comment faire alors pour que le premier groupe, pour qui le bonheur passe par celui d’autrui, puisse atteindre ses objectifs altruistes ? Probablement en faisant en sorte qu’il y est plus de gens qui appartiennent à ce groupe. Et comment cela peut se faire ? Et bien je crois que comme tu le faisais remarquer David, il est possible de changer les mentalité en informant et en éduquant les gens par exemple, ou bien en développant leur esprit critique. Mais il y a aussi une autre solution bien simple et qui est à la porter de tous : être fidèle à ses convictions et donner l’exemple. Comme tout n’est pas blanc ou noir, il y a beaucoup de gens qui se situent quelque part entre les deux groupes dont nous parlons. Des gens qui ont de bonnes intentions mais qui ne passe pas (ou pas toujours) à l’action (encore une fois comme tu le faisais remarquer David). Imaginons quelqu’un qui tient une canette d’aluminum entre ses mains. La poubelle est tout prêt alors que le contenant de recyclage est à une vingtaine de mètre. Si la personne se lève et décide de marcher jusqu’au second contenant afin de recycler sa canette, son geste tout simple peut influencer les actions futures de tous les gens qui ont été témoins de la scène. (L’exemple est peut-être un peu boiteux mais bon... vous comprenez le but)
On se plein souvant que « le monde » sont suiveux : tout le monde achète cette affaire là parce que tout le monde l’achète... Disons-nous qu’il y a bien eu une première personne qui l’a acheté avant qu’une deuxième l’achète à son tour, et utilisons ce trait caractéristique de notre société pour arriver nos fins.
Finalement, je terminerai en disant simplement que toutes nos petites actions peuvent influencer ceux qui nous entourent et que tous en coeur « nous devons pelleter »...
D’ailleurs, à ce sujet, je désire féliciter et remercier du plus profond de mon coeur tout ceux qui participent, d’une façon ou d’une autre, à l’existence de ce forum (et à Marilène).
Répondre à ce messageJe suis moi même une grande impatiente et ma phrase préférée est "je veux sauver le monde" mais je sais que nos progrès sociaux et éthiques ne se sont pas faits en un jour et qu’il y a des retours en arrière.
Je suis étudiante en maitrise de psychologie clinique et selon mes propres réflexions, je peux voir deux choses :
D’abord l’être humain est un animal comme les autres. Je sais, j’enfonce une porte ouverte mais cela veut dire que comme tout animal, nous faisons passer notre instinct de conservation avant la survie d’autrui. Ce qui nous confère un égoisme naturel, égoisme étendu à d’autres domaines comme l’argent. Si on peut éviter de dépenser ou même arnaquer un peu quelqu’un, on se sent certes un peu honteux mais au fond de nous, on se dit qu’on en avait besoin. Ce n’est, pour moi, que l’application de notre instinct de conservation. Ce n’est pas une justification et cette tendance mérite, dans une certaine mesure, d’être contrôlée, mais c’est pour montrer que c’est une pulsion naturelle.
D’autre part, il ne faut oublier que nous partageons avec les autres animaux non humains les mêmes émotions et comportements : joie, enthousiasme et..., colère, agressivité, violence, désir de domination, de pouvoir, désir de meurtre, sadisme etc. Notre conscience morale (est ce que les animaux en possèdent une ? c’est ma question de la semaine) est normalement là pour les maitriser mais ils sont toujours bien présents, plus ou moins exposés. Ces attitudes typiquement animales sont très claires dans les comportements agressifs, que ce soit dans les guerres à proprement parlées ou les guerres financières. Ici se livrent nos instincts.
Ces émotions et attitudes négatives se retrouvent au quotidien : paresse, égoisme, mais aussi sadisme (rigoler quand quelqu’un tombe par exemple).
Je crois que l’homme s’est trop vite classé comme différent des animaux, soit disant plus intelligent, alors qu’il partage avec eux les mêmes émotions et attitudes, que ce soit négatif ou positif (les animaux font aussi preuve d’altruisme et de solidarité je vous assure,lisez un peu d’éthologie).
De même il n’y a qu’à voir les enfants. Ce ne sont pas des anges. Pour la possession d’un jouet, ils peuvent se battre et se mordre, comme le ferait des animaux. Les adultes interviennent pour leur dire que "ce n’est pas bien" et c’est ainsi que se forgent la conscience morale, plus ou moins accentuée et culpabilisante suivant les éducations.
Mais nous, adultes de la société de consommation, agissont comme ces mêmes enfants, nous battant pour des objets ou de l’argent. Mais qui est là pour nous dire de nous calmer, que ça n’en vaut pas la peine ?!
Les voix s’élèvent petit à petit pour rappeler que ce n’est pas l’argent et les biens de consommation qui font le bonheur, que "ce n’est pas bien", mais encore bien peu nombreuses.
La réflexion que tu faisais dans ton article correspond donc exactement à la réflexion que je me faisais cette semaine, à savoir que nous ne convaincrons pas les gens d’une façon générale de changer leurs habitudes et de se mobiliser. C’est un peu désespérant vu sous cet angle. Comment convaincre les paresseux et les égoistes. Peut etre en leur rappelant qu’en faisant ainsi, ils se comportement comme les animaux, n’agissant que dans leurs intérets propres alors qu’ils pourraient montrer ici ce qui les distinguent des autres espèces. Comme vous l’avez dit, ne leur mettons pas trop la corde autour du cou car nous avons nous mêmes nos failles, nos travers et des actes égoistes au quotidien.
Le fait est que l’histoire et la construction de la personnalité semblent se dérouler de la même façon que l’histoire de l’humanité, par acoup et dans le but dans un équilibre toujours en devenir.
L’enfant qui grandit pour devenir adulte le fait par accoup physiquement autant que mentalement. La personnalité est elle même un équilibre (avec des nuances) entre pas trop sadisme, pas trop de masochisme, pas trop de paresse, pas trop de timidité, pas trop de tout mais assez de certaines choses. Les excès sont mauvais, la dose non pas idéale mais une dose entre deux extremes à ne pas atteindre est ce qui est le plus viable.
Pour l’histoire, hélàs mais chers, il en va comme du développement d’un être humain, nous allons devoir être patients. Certaines avancées se sont faites d’un coup - à l’échelle de l’humanité j’entends)(optention du droit de vote pour les femmes (en occident), fin de l’esclavage, droit de vote pour les noirs, création des associations humanitaires, création du tribunal pénal international, création des droits de l’homme etc.) mais les retours en arrière sont aussi fréquents (2nd guerre mondiale, retour du racisme et l’antisémitisme fin 20e-déb. 21e, capitalisme sauvage, délinquance, montée de l’extrême droite, montée de l’extrémisme religieux) etc.
A la vitesse où nous détruisons cette planète, je ne sais pas si nous (l’espèce humaine j’entends) aurons le temps de voir si l’espèce humaine atteindra sa maturité et sa sagesse mais si nous suivons le fil de l’évolution, y’a toujours du mieux, nous alloons vers un monde plus démocratique, plus sage, émergence de nouvelles consciences mais à mon avis il faudra encore très très très très très... longtemps avant d’atteindre l’équilibre propre à la sagesse. Et lorsque ce sera le cas, probablement que notre espèce s’éteindra, comme une personne âgée.
Je suis moi même prise dans ce paradoxe de future psy et conseillère conjugale de participer au monde du travail tout en ne fermant pas les yeux sur les origines des problèmes. J’avais lu un texte très intéressant donc j’ai très très malheureusement égaré la source qui expliquait à quel point les psychologues et psychiatres participaient eux mêmes au problème, puisqu’au lieu de s’unir pour dénoncer publiquement, politiquement les effets du capitalisme sauvage, de la perte de valeurs, du peu de temps que passent les parents auprès de leurs enfants pour leur offrir des biens de consommation qui feront au mieux des enfants dépressifs bourrés d’antidépressifs ou adaptes du cannabis au pire des enfants déliquants, ils ne font qu’aider les gens à s’adapter à cette société. Pourquoi ? Bien simple. Parce qu’ils y gagnent aussi leur vie.
Répondre à ce messageBonjour,
Ton commentaire est très intéressant.
Si une telle nature humaine (ou animale ?) existe réellement, tout ce que nous pouvons faire en tant qu’êtres humains supposément intelligents est de réfléchir à tout cela de façon "objective" ou "scientifique" et de se convaincre (puis de convaincre les autres) que cette satanée nature humaine n’a pas sa place dans une société telle qu’on la connait maintenant. Au contraire, cet égoïsme va peut-être mener à la perte de l’homme... Ceci dit, j’ai personnellement toujours de la difficulté avec la nature humaine, ou plutot, de la difficulté à la définir admettant qu’elle existe...
Aussi, je voulais ajouter que la comparaison avec les animaux est intéressante, mais il ne faut pas oublier qu’il existe plusieurs cas de coopération dans le règne animal...
Sylvie
Répondre à ce message"Aussi, je voulais ajouter que la comparaison avec les animaux est intéressante, mais il ne faut pas oublier qu’il existe plusieurs cas de coopération dans le règne animal..."
Je suis tout à fait d’accord et je l’ai précisé dans ma précédente intervention. D’ailleurs J-M Pelt (le Monsieur Plantes français) a écrit un livre sur le sujet. J’ai entendu dire y’a quelques temps que des éléphants avaient délivré de leur clôture un troupeau de gazelles capturées dans la journée.
"Si une telle nature humaine (ou animale ?) existe réellement, tout ce que nous pouvons faire en tant qu’êtres humains supposément intelligents est de réfléchir à tout cela de façon "objective" ou "scientifique" et de se convaincre (puis de convaincre les autres) que cette satanée nature humaine n’a pas sa place dans une société telle qu’on la connait maintenant. Au contraire, cet égoïsme va peut-être mener à la perte de l’homme... Ceci dit, j’ai personnellement toujours de la difficulté avec la nature humaine, ou plutot, de la difficulté à la définir admettant qu’elle existe..."
Le concept d’acquis ou d’inné est très débattu c’est clair ! D’ailleurs c’était un gros dossier de ma première année d’enseignement à la faculté de psychologie de Poitiers (France) à côté de laquelle se situe un laboratoire spécialisé dans le langage (domaine où l’acquis et l’inné sont forcément très étudiés).
A mon humble avis, ce qui fera avancer la conscience humaine vers de plus en plus de social, de justice et d’équité est de poser à chaque fois le précepte suivant : "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse à toi même." Cela rebondit un peu sur un autre article que j’ai lu sur ce site (depuis que je l’ai découvert je passe beaucoup de temps dessus) à propos de la recherche de plaisir comme fondement de notre société et notre instinct de survie.
Partant de ce principe la nature et la culture peuvent ne pas s’opposer. C’est à dire qu’on peut très bien rechercher son plaisir personnel que ce soit par l’interaction sociale ou la possession mais que si on s’identifie à la personne en face de soi en tant qu’on lui cause une souffrance que ce soit d’ordre physique, psychologique (...), cette identification nous permet normalement de stopper notre action.
C’est ce en quoi le système capitaliste actuel et comme les ultralibéralistes le souhaiterait est pervers car comme le psychopathe qui prend du plaisir à voir l’angoisse et la souffrance d’autrui, le capitaliste pur et dure ne perçoit pas le mal qu’il peut faire tout occupé aux plaisirs de compter ses millions. Le fait est qu’encore une fois, il faut savoir que la perversion est une émotion innée chez l’être humain. Ainsi, l’enfant qui écrase des fourmis ou qui enlève les pattes d’une araignée. D’ailleurs Freud disait lui même que l’enfant est un pervers polymorphe. C’est l’éducation et la culture qui permettent d’inhiber cette tendance sans la détruire, même si elle se manifeste encore par exemple quand on rigole devant Vidéo Gag (émission française où sont filmées des gens qui font des chutes, entre autres choses).
Pour moi, le capitalisme est une forme de perversion car, au nom du sacro saint profit, on est capable d’infliger des souffrances à autrui en les privant de leurs terres, en privant les gens de syndicats, en faisant travailler jusqu’à plus soif, en rémunérant en dessous du salaire pour vivre etc. Tout ceci renforcer par le fait que maintenant ça se passe à l’autre bout du monde et que les dirigeants de ce monde n’ont plus le nez dans la terre à voir réellement ce qui se passe dans les usines de sous-traitance. Tout cela me parait des jeux d’enfants où plus aucun adulte n’interviendrait. Je n’irai pas jusqu’à dire que les dirigeants capitalistes sont des psychopathes en puissance car leur but premier n’est pas de prendre plaisir aux souffrances d’autrui mais ils la génèrent pas leur souhait de profit et n’ont pas encore trouver le moyen d’associer l’éthique et l’argent.
Et puis nous sommes intellement influençables ! Par exemple par la notion d’autorité. Une célèbre expérience de Stanley Milgram que j’ai étudié dès ma première année de psychologie :
"1) La démarche, les investigations
Stanley Milgram a mené dans les années 50/60 des expériences visant à déterminer où finit la soumission à l’autorité et où commence la responsabilité de l’individu ; comment concilier les impératifs de l’autorité avec la voix de la conscience.
S. Milgram s’est penché sur des évènements pendant lesquels des atrocités, découlant d’une extraordinaire soumission à l’autorité, ont été pratiquées. Il a notamment mené des investigations sur les atrocités menées par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Il a mis en avant le fait que ces pratiques pouvaient se retrouver dans la vie courante sous différentes formes.
Il existe en effet chez l’homme une propension naturelle à se soumettre à l’autorité et à se décharger sur elle de sa propre responsabilité. S. Milgram souhaitait en écrivant ce livre engager chez ses lecteurs une compréhension profonde de l’importance de l’autorité dans notre vie pour abolir la notion de l’obéissance aveugle.
Il démontre en particulier :
que la disparition du sens de la responsabilité individuelle est de très loin la conséquence la plus grave de la soumission à l’autorité.
que la justification des actes par ceux qui les commettent en obéissant, ce que l’on appelle aussi la rationalisation, ne compte pas. Seule l’action est une réalité : "Tant qu’ils ne sont pas convertis en actes, les sentiments personnels ne peuvent rien changer à la qualité morale d’un processus destructeurs".
2) Au sujet de l’obéissance
L’obéissance est un des éléments fondamentaux de l’édifice social. Toute communauté humaine nécessite un système d’autorité, c’est le ciment qui lie les hommes aux systèmes d’autorité. Les personnes sont plus ou moins conditionnées dès l’enfance à se soumettre. Cette tendance à la soumission, fortement ancrée chez certains, l’emporte souvent sur l’éthique, l’affectivité, les règles et choix de conduites.
L’extermination des juifs par les nazis reste l’exemple extrême d’actions abominables accomplies par des milliers d’individus au nom de l’obéissance. Mais à un autre degré cela se reproduit constamment.
La question de l’autorité renvoie à la rébellion, la déviance, qui est perçue comme mettant en péril l’édifice social. La plupart des personnes pensent que "Mieux vaux se soumettre à une mauvaise décision prise en haut lieu, qu’ébranler l’édifice social".
Le dilemme sur la responsabilité :
Certains vont rationaliser en disant que la responsabilité incombe au donneur d’ordre,
les humanistes mettent en avant la conscience individuelle et soutiennent que l’éthique personnelle doit primer sur l’autorité.
Ce problème peut être considéré sous l’aspect philosophique et légal, S. Milgram a voulu se baser sur l’observation rigoureuse d’exemples vivants.
L’expérience qu’il a réalisée à l’université de Yale a été reprise dans diverses universités avec la participation d’un millier de sujets.
3) L’expérience
Les sujets sont des volontaires recrutés par annonce, qui perçoivent une somme d’argent. Ils ne savent pas sur quoi porte réellement l’expérience ; on leur a dit qu’il s’agissait d’une banale expérience sur la mémoire et l’apprentissage.
Le but est de savoir jusqu’à quel point précis chaque sujet suivra les instructions de l’expérimentateur, alors que les actions qu’on lui demande d’exécuter vont entrer progressivement en conflit avec sa conscience.
L’expérimentateur fait entrer deux personnes dans une pièce et leur explique que l’une sera "expérimentateur" et l’autre l"élève", et qu’il s’agit d’étudier les effets de la punition sur le processus d’apprentissage.
L’expérimentateur emmène l’élève dans une pièce, l’installe sur une chaise munie de sangles qui permettent de lui immobiliser le bras pour empêcher tout mouvement désordonné et lui fixe une électrode au poignet. Il lui dit qu’il va devoir apprendre une liste de couples de mots ; toutes les erreurs qu’il commettra seront sanctionnées par des décharges électriques d’intensité croissante.
Le véritable sujet de l’étude est le moniteur, qui après avoir assisté à l’installation de l’élève, est introduit dans une salle du laboratoire où il prend place devant un impressionnant stimulateur de chocs. Celui-ci comporte une rangée de 30 manettes qui s’échelonnent de 15 à 450 volts par tranche d’augmentation de 15 volts et sont assorties de mentions allant de "choc léger" à "attention choc dangereux".
On invite alors le moniteur à faire passer le test d’apprentissage à l’élève qui se trouve dans l’autre pièce. Quand la réponse de l’élève est correcte il doit passer au couple de mots suivant. S’il se trompe, il doit lui administrer une décharge électrique en commençant par le voltage le plus faible, et augmenter progressivement (par tranche de 15 volts).
Le moniteur est un sujet naïf qui ne sait pas que le rôle de l’élève est en fait tenu par un acteur qui ne reçoit en réalité aucune décharge électrique.
A quel instant précis va-t-il refuser d’obéir à l’expérimentateur ?
Le conflit surgi quand l’élève commence à donner des signes de malaise qui vont devenir de plus en plus pathétiques en fonction de l’augmentation du voltage :
à 75 Volts il gémit,
à 120 Volts, il formule des plaintes en phrases distinctes,
à 150 Volts, il supplie qu’on le libère,
à 285 Volts, sa seule réaction est un cri d’agonie.
Les sujets (qui on le rappelle croient que la souffrance qu’ils infligent est réelle) ont tous eu du mal a exprimer à quelle point l’expérience était poignante ; ils sont divisés entre les manifestations de souffrance et supplications de l’élève - qui vont jusqu’aux hurlements et aux silences laissant supposer une syncope - et l’ordre de l’expérimentateur, représentant une "autorité légitime" et à laquelle ils se sentent engagés. A chaque fois qu’un sujet hésite à envoyer la décharge, il reçoit l’ordre de poursuivre.
Répondre à ce message4) Les Résultats de l’expérience
S. Milgram qualifie les résultats de "inattendus et inquiétants" car aucun des participants n’a eu le réflexe de refuser et de s’en aller. Et une proportion importante d’entre eux a continué jusqu’au niveau de choc le plus élevé du stimulateur.
S. Milgram en déduit que :
Le mal pouvait être perçu comme banal et que ceux qui avaient administré les chocs les plus élevés l’ont fait car il s’y croyaient contraints moralement de par l’idée qu’ils se faisaient de leur obligation. Il a considéré que les pulsions agressives étaient en la circonstance peu en cause.
S. Milgram consacre quelques pages à démontrer que l’agression n’est pas à la clé des comportements des sujets (205 à 208) ; qu’ils n’ont pas profité de l’expérience pour assouvir des pulsions sadiques.
Le conditionnement de chaque personne, avec toutes ses inhibitions s’oppose à la révolte et arrive à maintenir chacun au poste qui lui a été assigné.
La mise en scène et les moyens exposés ont suffit à neutraliser efficacement les facteurs moraux.
4-1)Qu’est-ce qui rend le sujet aussi obéissant ?
> Le désir de tenir la promesse faite au début à l’expérimentateur et d’éviter tout conflit.
Le sujet perçoit l’expérimentateur comme ayant une autorité légitime au regard de sa position socioprofessionnelle, des études qu’il est censé avoir faites... Refuser d’obéir, serait un manquement grave aux règles de la société, une transgression morale. Il éprouve une forte angoisse à l’idée de rompre ouvertement avec l’autorité.
La perspective de cette rébellion et du bouleversement d’une situation sociale bien définie qui s’en suivra automatiquement constitue une épreuve que beaucoup d’individus sont incapables d’affronter.
> La tendance pour l’individu à se laisser absorber par les aspects techniques immédiats de sa tâche, lui faisant perdre de vue ses conséquences lointaines.
> l’abandon de toute responsabilité personnelle en se laissant instrumentaliser par le représentant de l’autorité.
> Le souhait de se montrer "digne" de ce que l’autorité attend de lui...
Certains voient les systèmes érigés par la société comme des entités à part entière. Ils se refusent à voir l’homme derrière les systèmes et les institutions. Quand l’expérimentateur dit : "l’expérience exige que vous continuiez", le sujet ne se pose pas la questions : "l’expérience de qui ? ". Pour certains "l’Expérience" était vécue comme ayant une existence propre.
> La capacité à justifier psychologiquement l’acte cruel en dévalorisant la victime.
Beaucoup de sujets trouvaient nécessaire de déprécier la victime "qui s’était elle-même attiré son châtiment par ses déficiences intellectuelles et morales". S. Milgram rappelle aussi que l’extermination des Juifs avait été précédée d’une violente propagande antisémite.
> Le besoin ressenti de continuité de l’action : le fait de poursuivre jusqu’au bout rassure le sujet sur le bien fondé de sa conduite antérieure. Il neutralise ainsi son sentiment de malaise (sa mauvaise conscience) vis à vis des précédentes actions avec les nouvelles.
C’est ce processus fragmentaire qui entraîne le sujet dans un comportement destructeur.
> La difficulté à transformer convictions et valeurs en actes.
Certains sujets étaient cependant hostiles dans une certaines mesure à l’expérience. Ils protestaient sans cesser toutefois d’obéir. Les manifestations émotionnelles observées en laboratoire (tremblements, ricanements nerveux, embarras évident) prouvent que le sujet envisage d’enfreindre les règles.
> La facilité à nier sa responsabilité quand on est un simple maillon intermédiaire dans la chaîne des exécutants d’un processus de destruction et que l’acte final est suffisamment éloigné pour pouvoir être ignoré.
> La fragmentation de l’acte humain total permet à celui qui prend la décision initiale de ne pas être confronté avec ses conséquences.
La fragmentation de l’acte social est le trait commun le plus caractéristique de l’organisation sociale du mal.
L’individu ne parvient pas à avoir une vue d’ensemble de la situation, il s’en remet à l’autorité supérieure.
> D’autres variantes de l’expérience ont également démontré que la soumission à des ordres destructeurs dépend en partie du degré de proximité de l’autorité par rapport au sujet.
D’autres éléments sont à prendre en compte dans le processus de l’obéissance :
Les causes profondes de l’obéissance sont inhérentes aussi bien aux structures innées de l’individu qu’aux influences sociales auxquelles il est soumis depuis sa naissance. S. Milgram renvoie à différentes approches comme la thèse évolutionniste et l’adaptation, la théorie sur les effets de groupe. Et notamment :
. La définition claire du statu de chacun pour maintenir la cohésion de la bande.
. La propension de chaque individu à se rallier au groupe même quand il a irréfutablement tort. (S. Milgram renvoie ici aux expériences menées par .E. Asch).
. La volonté des personnes à vouloir s’intégrer dans la hiérarchie, et les modifications conséquentes de comportements qui vont s’en suivre. Ce que S. Milgram appelle : "l’état agentique". Cet état qualifie l’individu qui se considère comme l’agent exécutif d’une volonté étrangère par opposition à l’état autonome dans lequel il estime être l’auteur de ses actes.
. Ce processus est en rapport avec une structure de récompense. La docilité rapporte à l’individu une récompense, alors que la rébellion entraîne le plus souvent un châtiment.
S. Milgram rappelle aussi que parmi les nombreuses formes de récompenses décernées à la soumission inconditionnelle, la plus ingénieuse reste celle qui consiste à placer l’individu dans une niche de la structure dont il fait partie. Cette "promotion" a pour but principal d’assurer la continuité de la hiérarchie.
. L’identification de l’autorité à la norme.
. La légitimation d’un contrôle social par une ’idéologie justificatrice. "Lorsqu’on est à même de déterminer le sens de la vie pour un individu, il n’y a qu’un pas à franchir pour déterminer son comportement". Tout en accomplissant une action, le sujet permet à l’autorité de décider à sa place de sa signification.
Cette abdication idéologique constitue le fondement cognitif essentiel de l’obéissance.
4-2)Tension et désobéissance
Quelles ont été les sources de tension chez les sujets ?
les cris de douleurs de l’élève provoquant une réaction spontanée,
la violation des valeurs morales et sociales inhérente au fait d’infliger des souffrances à un innocent,
la menace implicite de représailles par la victime, certains sujets craignant que leur conduite soit répréhensible sur le plan légal,
la dualité provoquée par la contradiction des exigences reçues simultanément par l’expérimentateur et l’élève (la victime),
l’incompatibilité de l’image qu’ils ont d’eux même pendant l’action avec celle qu’ils se font d’eux même.
La tension éprouvée par les sujets ne montre pas la puissance de l’autorité mais au contraire sa faiblesse. Pour certains la conversion à l’état agentique n’est que partielle. Si son intégration dans le système d’autorité était total, le sujet n’éprouverait pas d’anxiété en exécutant les ordres aussi cruels soient-ils.
Tout signe de tension est la preuve manifeste de l’échec de l’autorité à convertir le sujet à un état agentique absolu.
Le pouvoir de persuasion du système d’autorité mis en place au laboratoire est évidemment sans commune mesure avec ceux des systèmes tout-puissants, comme les structures totalitaire d’Hitler et de Staline. Dans ces structures les subordonnés s’identifiaient avec leurs rôles.
S. Milgram compare l’absence de conscience des sujets pendant l’expérience, à un sommeil dans lequel les perceptions et réactions sont considérablement diminuées, mais pendant lequel un fort stimuli peut faire sortir l’individu de sa léthargie.
L’état produit en laboratoire peut être assimilé à un léger assoupissement en comparaison de l’engourdissement profond suscité par le système d’autorité tout-puissant d’un gouvernement.
Quels sont les mécanismes qui permettent la résolution de la tension ?
Le refus d’obéissance.
Mais peu d’individus en sont capables car il choisissent des moyens moins radicaux et plus faciles pour réduire leur tension.
La dérobade est le plus primitif de ces mécanismes.
C’est le plus répandu car le plus facile. Le sujet tente de se dissimuler les conséquences de ses actes.
Une autre forme de la dérobade consiste à se désintéresser de la victime. Elle vise l’élimination psychologique de la victime comme source de malaise.
Le refus de l’évidence.
Proche de la dérobade, ce mécanisme a pour but de prêter une fin plus heureuse aux évènements. C’est une force de persuasion aussi bien pratiquée par les bourreaux que par les victimes.
S. Milgram rappelle que confrontés à une mort éminente, les Juifs ne pouvaient pas accepter la réalité aveuglante du génocide. Dans cette expérience, certains sujets ont nié le caractère douloureux des chocs ou la réalité de la souffrance de la victime.
Mais le comportement le plus répandu durant l’expérience est :
Le refus de leur propre responsabilité.
C’est le comportement de rationalisation par excellence, qui s’exprime par différentes voix : la justification de la légitimité de l’expérience, le dénigrement de la victime, mais aussi certains "aménagements" avec les ordres.
Certains sujets ont utilisé des subterfuges afin de diminuer leur tension.
Cette façon d’aménager l’ordre reçu n’est en fait qu’un baume sur la conscience du sujet. C’est une action symbolique révélant l’incapacité du sujet à choisir une conduite en accord avec ses convictions humanitaires, mais qui l’aide à préserver son image.
. Sans rejeter les ordres, certains sujets ont essayé d’en diminuer la portée, par exemple, en envoyant quand même la décharge électrique ordonnée, mais en diminuant le temps, ou l’intensité. D’autres essayaient de faire comprendre à l’élève quelle était la bonne réponse par des intonations de voix.
. D’autres sujet ont exprimé leur désaccord, tout en continuant d’appliquer les ordres.
Les manifestations psychosomatiques : les manifestations physiques du stress permettent d’évacuer la tension.
S. Milgram déduit de ces observations le but ultime que les sujets s’efforcent d’atteindre :
En réduisant à un degré supportable l’intensité du conflit que le sujet éprouve, ces mécanismes lui permettent de conserver intacte sa relation avec l’autorité.
4-3) Processus de la désobéissance :
La désobéissance est le moyen ultime d’abolir la tension
Désobéir est un acte très anxiogène, il implique non seulement le refus d’exécuter un ordre, mais de sortir du rôle qui a été assigné à l’individu (ici au sujet). Ce qui crée à une petite échelle une forme d’anomie.
Alors que le sujet obéissant rejette sur ce dernier la responsabilité de son action, le sujet rebelle accepte celle de détruire l’expérience. Il peut avoir l’impression corrosive de s’être rendu coupable de déloyauté envers la science.
Ce processus suit de pénibles étapes :
le doute,
l’extériorisation du doute,
la désapprobation,
la menace de refus d’obéissance,
la désobéissance.
Ce processus est le difficile chemin que seule une minorité d’individu est capable de suivre jusqu’à son terme. S. Milgram insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une démarche négative, mais au contraire d’un acte positif, d’une volonté délibérée d’aller à contre-courant :
"La désobéissance exige non seulement la mobilisation des ressources intérieures, mais encore leur transformation dans un domaine situé bien au-delà des scrupules moraux et des simples objections courtoisement formulées : le domaine de l’action. On ne peut y accéder qu’au prix d’un effort psychique considérable."
5) Conclusions
Tout être possède une conscience qui endigue avec plus ou mois d’efficacité le flot impétueux de ses pulsions destructrices. Mais quand il s’intègre dans une structure organisationnelle, l’individu autonome cède la place à une créature nouvelle privée des barrières dressées par la morale personnelle, libérée de toute inhibition, uniquement préoccupée des sanctions de l’autorité.
Pour le promoteur de l’expérience les résultats sont perturbants. Ils incitent à penser qu’on ne peut faire confiance à l’homme en général ou, plus spécifiquement au type de caractère produit par la société démocratique pour mettre les citoyens à l’abri des cruautés et des crimes contre l’humanité dictés par une autorité malveillante.
A une très grande majorité, les gens font ce qu’on leur demande de faire sans tenir compte de la nature de l’acte prescrit et sans être réfrénés par leur conscience dès lors que l’ordre leur paraît émaner d’une autorité légitime.
"Serions-nous tous des fonctionnaires de l’horreur en puissance ?"
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Le fait est donc là qu’en plus de nos instincts, nous sommes très influençables. Mes cours de psychologie sociale à l’université m’ont montrée à quel point nous le sommes !
Pourtant pour moi, dans toutes nos conduites sociales, économiques ou autres, si on se posait plus souvent la question : Est ce que je fais aux autres ce que j’aimerai qu’on me fasse ou à l’inverse Est ce que je fais à autrui ce que je n’aimerai pas qu’on me fasse, cela sortirait directement (ou en partie, vue l’heure je n’ai pas envie d’approfondir) de l’animalité car les animaux (et je n’ai rien contre eux, je suis même végétarienne et non spéciste) ont cela que l’identification en tant que moralité n’est pas leur point fort. Si le chat se posait la question de savoir si, à la place de la souris il aimerait être traité comme ça, peut être ne le ferait il pas.
Bon je m’arrete là, il est tard et mon cerveau sature mais je trouve cette conversation passionnante.
Répondre à ce messageBonjour LiaAmbrosia,
belle discussion exhaustive s’il en est une !
Je suis d’accord avec ce que tu dis, avec le fait que nous sommes hautement influençables. À mon sens, tous les schémas et procédés cognitifs que tu décris dans ton message sont nécessairement inconscients, sinon la poursuite des mécanismes de défense n’a plus sa raison d’être, par la conscience même de la source de la tension interne. Hypothétiquement, et souhaitons-le, lorsqu’ils parviennnent à la conscience, la situation cesse de se perpétuer.
Et c’est pourquoi, pour en revenir un peu sur la ligne du sujet (pelleteurs de nuages !), je crois qu’il est plus important pour en arriver à changer profondément les choses, de développer chez les gens une conscience sociopolitique plutôt que de les enrôler (embrigader, à nouveau) dans un système d’actions et de contre-actions. Ces actions sont pertinentes, mais à mon sens, ne devraient pas précéder la prise de conscience de la situation globale. Et c’est pour engendrer cette prise de conscience que des médias alternatifs d’informations, que des intellectuels, des chercheurs, etc... trouvent leur pertinence. Sans une prise de conscience collective, toute tentative d’action est condamnée à demeurer marginale et ne se généralisera pas à l’ensemble de la collectivité.
Pourtant, j’ai bien du mal avec le concept du : "fais aux autres ce que tu veux qu’on te fasse à toi-même". J’ai l’impression que ce concept est purement rationnel, qu’il n’existe pas en réalité. Il fonctionne tant qu’on ne perd pas au change. J’ai l’impression que l’homme est un animal instinctivement hiérarchique, d’où la réponse instinctive à la peur des échelons supérieurs et la tendance fâcheuse à frapper sur les échelons inférieurs. Je ne crois pas du tout que l’on se dirige, suivant le processus évolutionniste, vers une "humanisation" de la pensée, où la sagesse et la clarté de notre esprit rationnel prendraient le dessus sur notre "sombre côté animal". Je ne vois même pas en fait le plus léger signe de cette évolution vers une sagesse supérieure. D’où l’importance d’établir des lois strictes de contrôle de la hiérarchie et de clamer haut et fort nos valeurs assurément naïves, pour au moins peser un peu dans la balance décisionnelle des hauts-dirigeants de nos nations.
Ah, coudonc, c’était intense. au revoir tous !
Simon
Répondre à ce messageBonjour,
Nous tenons à préciser qu’un large extrait des deux postings de LiaAmbrosia est une retranscription textuelle de la très intéressante analyse de l’expérience de Stanley Milgram écrite par Josselyne Abadie et publiée sur le site : www.qualiconsult.net.
L’extrait du message de LiaAmbrosia commençant par :
"1) La démarche, les investigations
Stanley Milgram a mené dans les années 50/60 des expériences visant à déterminer où finit la soumission à l’autorité et où commence la responsabilité de l’individu[...]" et se terminant par : "A une très grande majorité, les gens font ce qu’on leur demande de faire sans tenir compte de la nature de l’acte prescrit et sans être réfrénés par leur conscience dès lors que l’ordre leur paraît émaner d’une autorité légitime." est le fruit du travail de : © J. Abadie, qui est accessible dans son intégralité ici : http://perso.wanadoo.fr/qualiconsult//milgram.html, http://perso.wanadoo.fr/qualiconsult//milgram2.html.
Veuillez svp mentionner vos sources lorsque vous citez des textes écrits pas d’autres. Merci à tous pour l’enrichissante discussion !! :-))
zombie-admin
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